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Jacques Fame Ndongo: «Le Cameroun n'est pas l'enfer que l'on présente, au contraire»

Jacques Fame Ndongo: «Le Cameroun n'est pas l'enfer que l'on présente, au contraire»

Au Cameroun, la campagne de la présidentielle d'octobre 2018 est lancée.

Ce début de semaine sur RFI, vous avez pu entendre deux candidats de l'opposition, maître Akere Muna de la Plateforme pour une nouvelle République et Joshua Osih du Social democratic front (SDF). Aujourd'hui, Paul Biya contre-attaque. Officiellement, le président sortant n'est toujours pas candidat, mais il commence à sortir du bois. Le ministre de l'Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, est au Bureau politique du parti au pouvoir le Rassemblement démocratique du peuple camerounais. Il est aussi secrétaire à la communication du RDPC. En ligne de Yaoundé, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.


Sept mois avant le scrutin, on est déjà en campagne. Et le candidat Akere Muna affirme : « Le sang est versé partout au Cameroun. Le système de santé est catastrophique. La corruption remonte et le pays est pris en otage par quelques oligarques »…
Jacques Fame Ndongo : Oui, c’est de bonne

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guerre qu’un candidat à la présidentielle soit quelque peu catastrophiste. Mais je puis dire que le Cameroun vit dans la paix. Les hôpitaux fonctionnent normalement et il y en a de plus en plus. Le système éducatif marche très bien. La corruption, il faut quantifier la corruption. Il faut pouvoir avoir des critères objectifs, mais je dirais que le Cameroun, ce n’est pas l’enfer que l’on présente. Au contraire.


Donc sur la corruption, vous reconnaissez qu’il y a encore beaucoup de progrès à faire ?
Le chef de l’Etat lui-même reconnait qu’il y a beaucoup d’efforts à faire. C’est tout à fait normal. Aucune société n’est parfaite.


« Depuis 1960, on n’a jamais eu de changement de régime. Après 58 ans, il faut l’alternance », affirme le candidat du Social democratic front (SDF), Joshua Osih…
Oui, c’est son point de vue. Nous, nous avons une autre vision. Nous estimons que depuis 1960, il y a bel et bien eu des progrès et le président Paul Biya est d’ailleurs l’un des apôtres du changement. C’est bien lui qui a apporté la démocratie. Avant son arrivée, c’était le parti unique et il était difficile d’exprimer une opinion contradictoire. Aujourd’hui, les langues se sont déliées et nous constatons bien que l’opposition existe, sans entrave aucune. La preuve, on peut critiquer à hue et à dia le gouvernement de la République sans que l’on ne soit inquiété. Donc il y a véritablement des changements.


Alors comme Akere Muna, Joshua Osih dénonce la dégradation de la situation au Cameroun : « Ça vole en éclats de partout, dans le Nord, à l’Est, au Sud-Ouest, au Nord-Ouest. Il y a un grave problème de leadership », dit le SDF…
Oui, encore une fois, c’est de bonne guerre. Mais c’est une façon de diaboliser le régime et je dois vous dire que le Cameroun avance normalement. Qu’il y ait eu de temps en temps quelques scènes relativement dysfonctionnelles dans certaines régions, cela est dû à un extrémisme fondamentaliste dans la partie septentrionale, un fondamentalisme musulman qui est d’ailleurs combattu à travers le monde entier ; qu’il y ait eu également quelques escarmouches au niveau des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, cela est dû à quelques sécessionnistes qui veulent la partition de l’Etat. Et je ne sache pas qu’à travers le monde, il y ait un seul gouvernement qui accepte la sécession. La position du gouvernement a toujours été : Non aux partis indépendantistes.


Depuis 18 mois, les militaires et policiers camerounais ont perdu au moins 26 hommes dans des attaques dans les deux provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. N’est-ce pas le signe que la situation se dégrade ?
Disons que la situation se dégrade. Mais alors, à qui la faute ? A ceux qui tuent des hommes en tenue, à ceux qui égorgent des innocents, par exemple, à ceux qui prennent en otage des écoliers. Je ne crois pas que cela soit à l’honneur de certains citoyens qui utilisent donc la violence alors que normalement il faut utiliser la concertation, ce que nous, au niveau du RDPC, nous faisons toujours. D’ailleurs, le secrétaire général du comité central du RDPC s’est rendu dans les deux régions il y a quelques mois et il a été non seulement vilipendé, mais ostracisé, quasiment chassé. Cela ne relève pas de la démocratie.


Le dimanche 1er octobre dernier, les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles sur un certain nombre de manifestants. Il y a eu plusieurs tués. Est-ce qu’il n’y a pas de graves excès de la part des forces de l’ordre ?
C’est vous qui le dites. Moi, je ne suis pas au courant que les forces de l’ordre aient tiré à balles réelles sur de paisibles citoyens.


Il y a un mois, 47 personnes dont le président autoproclamé de la « République d'Ambazonie » [proclamation symbolique d'indépendance de l’« Etat d'Ambazonie » par des militants sécessionnistes en octobre 2017], Sisuku Ayuk Tambe, ont été extradés du Nigeria vers le Cameroun. Et depuis, on est sans nouvelles. Et de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme sont très inquiètes…
Oui, le porte-parole du gouvernement, le ministre Issa Tchiroma [Bakary] a informé la communauté nationale et internationale en disant que les intéressés étaient aux mains de la justice. Je crois que nous ne perdons rien à attendre et nous serons informés en temps opportun.


Face aux extrémistes anglophones, n’êtes-vous pas vous-même dans une position extrémiste, et le SDF, en proposant la solution d’une République fédérale, n’est-il pas en train de se construire l’image d’un parti modéré ? 
Nous le verrons lors des élections. Ils vont se présenter sous cette bannière du fédéralisme. Nous verrons ce que les Camerounais diront. Je suis persuadé que cette thèse du fédéralisme qui au niveau des institutions camerounaises a vécu ne sera pas suivie par la majorité des Camerounais. En revanche, avec le RDPC qui prône un Etat unitaire mais décentralisé, je crois savoir que c’est le RDPC qui pourra recueillir la majorité des suffrages. Et cette décentralisation est en cours. J’étais récemment à Bamenda pour distribuer les ordinateurs octroyés par le chef de l’Etat aux étudiants, et j’ai constaté une grande fidélité, un grand engouement à l’endroit du chef de l’Etat, le président Paul Biya.


La décentralisation existe déjà, et visiblement cela ne suffit pas. Un certain nombre d’habitants du Nord-Ouest et du Sud-Ouest demandent plus que cette décentralisation. Est-ce qu’il ne faut pas faire une ouverture ?
Oui, je crois que le président de la République est dans cette logique. Il a dit lors de son message du 31 décembre que la décentralisation va s’intensifier, va s’accélérer.


Donc le chef de l’Etat sera candidat à sa réélection en octobre prochain ?
De toutes les façons, au niveau du RDPC, nous avons nos textes de base qui disposent que le président national du RDPC est le candidat de ce parti aux élections présidentielles. C’est bien au pluriel, ce n’est pas à l’élection, mais aux élections. Forts de cela, nous disons que le président Paul Biya sera candidat, puisqu’il est le président national du RDPC.


Donc vous pouvez l’annoncer : Paul Biya…
Je ne l’annonce pas. Je décode le texte, le texte de base du RDPC.


Y aura-t-il une réunion, un congrès du parti pour officialiser cette candidature ?
Naturellement. Le bureau politique, c’est une formalité inhérente. Dans nos textes de base, le bureau politique pourrait le cas échéant l’investir. Nous verrons bien quelle est l’instance qui sera convoquée par le président national, et nous ne paierons rien à attendre.


Mais cette réunion du bureau politique aura lieu d’ici combien de temps ?
Oui, je ne peux pas préjuger de la décision que prendrait le président national, quand est-ce qu’il pourrait convoquer l’instance qu’il jugera lui-même opportune, nous attendons et nous savons que le président national du RDPC s’appelle monsieur Paul Biya. Donc il sera le candidat.


Oui, mais cela peut changer d’ici octobre prochain. Le RDPC peut se donner un autre président national…
Là, nous sommes en pleine futurologie. Et je ne saurais m’aventurer dans cet exercice.


Est-ce le congrès, la semaine dernière, du parti d’opposition SDF qui vous conduit à dire les choses aussi directement cette semaine ?
Non, je l’ai toujours dit. Les textes de base sont décodables par tout un chacun. Je ne suis pas en train d’interpréter les textes. Je suis en train tout simplement de rappeler les dispositions statutaires.


Oui, mais il y a sept ans, le président Biya avait annoncé officiellement sa candidature. Il ne le fera pas cette année ?
Mais il y a encore du temps. Le moment venu, le candidat du RDPC, son excellence Paul Biya, le cas échéant puisque c’est ce qui est écrit dans les textes de base, le candidat du RDPC annoncera sa candidature.


Alors ça y est. Beaucoup de poids lourds de l’opposition comme Joshua Osih du Social democratic front (SDF), Akere Muna de la Plateforme pour une nouvelle République, Maurice Kamto du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) ont déjà annoncé leur candidature. Paul Biya va-t-il le faire dans les jours qui viennent ?
Mais le président ne fait pas du suivisme, le président Paul Biya trouvera le temps qu’il jugera lui-même opportun pour annoncer sa candidature.


Au SDF, le Chairman John Fru Ndi passe la main à l’âge de 76 ans. Est-ce qu’au RDPC, il ne serait pas temps qu’un jour aussi, le président Biya, qui vient d’avoir 85 ans, cède la place aux jeunes ?
Mais tout dépend de chaque parti. Chaque parti a sa philosophie en la matière. Certes, le SDF l'a fait, mais nous ne faisons pas nécessairement ce que font les autres partis. Et en tant que de besoin, le président Paul Biya prendra la décision qui lui semblera opportune. Mais nous lisons un texte et nous constatons qu’il est le président national du RDPC. C’est un constat, ce n’est pas un jugement de valeur.


Que répondez-vous à ceux qui disent que Paul Biya est un président qui est très absent du pays et qui passe la moitié de son temps en Europe, notamment dans un grand hôtel de Genève ?
Mais c’est tout à fait faux. Le président Paul Biya passe la plupart de son temps ici au Cameroun. Que de temps en temps il aille en congés, cela me semble tout à fait humain. Mais on ne peut pas extrapoler et dire qu’il passe la majorité de son temps à l’étranger. Cela relève de la fantasmagorie parce que nous qui vivons ici au Cameroun, nous savons que tel n’est pas le cas. Et même lorsqu’il se trouve à l’étranger pour des besoins républicains, il dirige de fort belle manière le Cameroun. Et vous savez très bien qu’à partir des TIC [Technologies de l'information et de la communication], on peut effectivement piloter une organisation quel que soit l’endroit où l’on se trouve. Je démens formellement cette vision apocalyptique qui veut que le président Paul Biya passe la majorité de son temps à l’étranger. C’est tout à fait erroné, c’est tout à fait faux. Il vit le plus longtemps possible au Cameroun et, de temps en temps, il n’est pas exclu qu’il aille soit en visite officielle à l’étranger, soit qu’il aille se reposer. Mais on ne peut pas dire que ce soit là son séjour habituel. C’est-à-dire qu’il vit au Cameroun, et de temps en temps, il peut en tant que de besoin se rendre à l’étranger.


Vous parlez des TIC, des nouvelles technologies. Mais ne vaut-il pas mieux être sur le terrain ?
Il est sur le terrain. Je vous dis qu’il est régulièrement au Cameroun. Il est là. On le voit. Les Camerounais le voient. Récemment il a reçu ici l’ambassadeur de France au Cameroun, il y a à peine deux ou trois jours. Donc il est là.


Et il fera campagne ?
Bien entendu. Il fera campagne. Il est alerte, il est dynamique. Il battra campagne.


A partir de quand ?
Oh, là. D’ici six ou sept mois. Nous avons le temps de voir.

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