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Cameroun - Crise anglophone : Les coulisses de la mission de Philemon Yang

Cameroun - Crise anglophone : Les coulisses de la mission de Philemon Yang

Outre l’application intégrale et rapide de la décentralisation prévue par la constitution, certaines populations exigent une conférence de Foumban ii pour discuter de l’avenir commun.

La mission d’apaisement instruite par le président de la République dans les deux régions anglophones du Cameroun s’est achevée en fin de semaine dernière. En une semaine, des hauts responsables originaires de ces régions ont multiplié des concertations avec les populations, les opérateurs économiques, les commerçants, les syndicalistes, les leaders d’opinion, les autorités religieuses et traditionnelles… avec le but avoué de ramener la paix et la sérénité. Passé le dialogue, l’heure  est au bilan. Voici donc, en quelques points, ce que les acteurs de la crise sociopolitique qui couve dans le Nord-Ouest et dans le Sud-Ouest pensent de cette mission conduite par le Premier ministre Philemon Yang.

Le SDF dans tous ses états
John Fru Ndi ne décolère pas contre la mission d’apaisement sur qui il tire à boulets rouges. Le président national du Social democratic front (SDF) reproche au Premier ministre, Philemon Yang, de l’avoir ignoré. Le 17

octobre, alors que le chef du gouvernement conduit luimême le dialogue à Bamenda, la capitale du Nord-Ouest, aucune invitation n’est envoyée à Ntarikon, où se mure John Fru Ndi depuis des années maintenant. Certaines personnalités de poids dans le SDF avaient pourtant fait le déplacement de Bamenda pour participer à ce dialogue aux côtés de leur leader. Mais ce sera une peine perdue. Ce que le président du principal parti d’opposition assimile à un crime de lèse majesté.
« Comment peut-on organiser un dialogue comme celui-là en omettant d’inviter les leaders politiques clés de la région ? » s’interroge John Fru Ndi pour mieux critiquer la mission venue chercher la paix dans les régions anglophones. Dans l’entourage de Philemon Yang, cette omission a cristallisé les conversations au moment de quitter Bamenda. Des indiscrétions laissent entendre que l’absence de John Fru Ndi n’était pas volontaire car elle est simplement la conséquence d’un manque de communication.

Les radicaux en voyage
« Comment peut-on envoyer aux populations anglophones des gens qui ont contribué à créer ce problème, des gens qui n’ont pas cessé de dire qu’il n’y avait pas de problème anglophone, des gens qui multiplient des propos xénophobes envers leurs frères anglophones ? » s’interroge l’avocat Nkongho Felix Agbor, le président du Consortium, l’organisation syndicale illégale qui porte les revendications des avocats et des enseignants anglophones depuis le début ce cette crise. Nkongho Felix Agbor n’a pas fait que s’interroger sur la crédibilité des hauts responsables anglophones missionnés par Paul Biya dans le Nord-Ouest et dans le Sud-Ouest. Il a choisi de bouder les fora organisés dans ces deux régions.
Le président du Consortium reste droit dans ses bottes : il veut faire entendre la cause des populations au-delà des frontières du Cameroun pour forcer la main au pouvoir de Yaoundé de mener des réformes « structurelles », dont la première est de mettre fin à la centralisation du pouvoir. Nkongho Felix Agbor et ses acolytes ont les yeux rivés vers l’Angleterre où l’avocat rencontre un groupe de parlementaires britanniques depuis quelques jours. Il a aussi profité de ce voyage pour s’exprimer dans quelques médias britanniques de renom.

Le discours sécessionniste a la peau dure
C’est un éditorialiste anglophone qui sort de ses gongs pour s’en prendre à ce qu’il considère comme le dilettantisme du président Paul Biya dans la gestion de la crise anglophone. « Le président est en train de blaguer et sa stratégie prouve que ce qui arrive dans la zone anglophone n’est pas très important », gronde ce dernier. Difficile de ne pas faire le rapport entre la mission d’apaisement commandé par le locataire d’Etoudi, qui ne rassure pas les populations, et la vague des habitants des deux régions qui quittent leurs villages pour demander asile au Nigeria voisin. Le 18 octobre, le quotidien anglophone The Guardian post estimait à près de 5 000 le nombre de Camerounais exilés volontaires au Nigeria. La chronique populaire explique que ces populations déplacées disent fuir un « génocide programmé », selon la formule d’Akere Muna, candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle.

La presse n’hésite plus aujourd’hui à estimer à plus de 40 000 le nombre de personnes déplacées.
La Mission est un calcul politique de Paul Biya
Et si la mission conduite par Philemon Yang la semaine dernière dans les régions anglophones n’avait pour seul but que d’apaiser les esprits pour le 6 novembre, la date anniversaire de l’accession de Paul Biya à la magistrature suprême? Cet argument n’est pas sorti de l’imagination enfiévrée d’un seul homme. Au contraire, elle est communément répandue dans les milieux politiques anglophones. Les personnes qui défendent ce scénario ne comprennent pas pourquoi Paul Biya a affaibli la mission d’apaisement s’il souhaitait véritablement un dialogue franc avec les populations. Comment cette mission a été affaiblie ? Selon une bonne partie des politiques anglophones, la mission n’était pas inclusive : les leaders politiques anglophones, la diaspora et certains leaders d’opinion ont été exclus des négociations. Mais ceux qui soutiennent cette thèse sont surtout révulsés contre le casting de la mission.
« Les personnes  choisies sont insensibles aux problèmes de la population », peut-ton lire chez notre confrère du The Guardian post. Ce quotidien anglophone rapporte en plus les propos de Ghogumu Paul Mingo, le directeur du cabinet civil du Premier ministre, pour mieux moquer le fait qu’il est éloigné des préoccupations des populations. Ce dernier raconte : « quand il m’arrive de retourner à Bamenda, je suis triste. Les gens sont pauvres et ne savent pas ce qui va arriver à leurs enfants. C’est traumatisant ».
Suffisant pour beaucoup, pour crier haro sous le bodet. Car comme le fait savoir le journal anglophone, comment Ghogumu Paul Mingo n’est pas encore parvenu à faire le lien entre la pauvreté des populations et la faillite du régime ? Quoiqu’il en soit, à Bamenda comme à Buea, beaucoup sont convaincu que Paul Biya lui-même ne croit pas en cette mission et c’est pourquoi il a choisi de la faire accompagner par des élites qui ont perdu toute crédibilité. Il s’agirait donc d’un subterfuge pour la réussite des festivités du 6 novembre. « Cette mission est une diversion », lance même un journaliste du Guardian post.


Encore des échauffourées
La mission de bons offices conduite par le Premier ministre Philemon Yang était attendue sur le terrain. Sur la toile, on a eu droit à des photos qui montraient des populations opposées à la forme de ce dialogue de paix proposé par le président Paul Biya. C’est surtout dans le Lebialem, dans la région du Nord-Ouest, que sont venus mouvements d’humeur se sont le plus fait voir. Ces mouvements se sont même suivis d’actes de vandalisme quand des personnes ont mis le feu au domicile du député du Rdpc Bernard Foju.

Michel Ange Nga

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