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Cameroun: Une fosse commune du 06 avril 1984 rend un terrain invendable

Cameroun: Une fosse commune du 06 avril 1984 rend un terrain invendable

Il n’y a pas que les familles des putschistes du 06 avril 1984 qui demandent à l’Etat du Cameroun des réparations et autres documents entrant dans le cadre de l’application de la loi d’amnistie n°91/002 du 23 avril 1991.

De fait, de nombreuses familles des personnes exécutées, disparues ou mortes en prison à la suite de ces tristes évènements d’avril 84 sont toujours en attente d’un certificat de genre de mort délivré par les autorités compétentes pour enclencher les procédures nécessaires à la jouissance de leurs biens. Du moins, de ce qu’il en reste, 33 ans après.
Et beaucoup parmi les putschistes ou leurs ayant droits ne sont pas encore entrés en possession des biens immobiliers, comptes bancaires, pensions retraites et autres assurances-vie qui leur sont dus. On en était encore à croire que seules les familles des personnes impliquées à tort ou à raison dans le putsch harcelaient l’Etat pour rentrer dans leurs droits. Que nenni ! Un document, dont votre journal a pu obtenir copie, qui montre qu’une parcelle de terrain utilisée comme fosse commune à Mfou, pour enterrer les personnes condamnées et exécutées à la

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suite des procès tenus du 10 au 14 mai 1984 à Mfou, appartient à une famille qui ne réclame aujourd’hui ni plus ni moins qu’une indemnisation. La famille Bomba.
« Nous avons l’honneur de venir auprès de votre haute personnalité solliciter un dédommagement suite à l’inhumation des victimes des évènements du 06 avril 1984 dans une fosse commune creusée sur la parcelle de terrain familial. En effet, la famille Bomba est propriétaire d’une parcelle de terrain au lieudit Mfou, département de la Mefou et Afamba, objet du titre foncier n°0038/Mefou établi le 25 octobre 1982, et délivré le 22 février 1984 », peut-on lire dans la lettre envoyée le 28 juin 2005 au préfet de Mfou et ampliée à divers ministères dont ceux des Domaines, de l’Administration territoriale, de la Défense. Et même aux services du Premier ministre.
La famille Bomba, dont le chef est décédé en avril 1978, justifie sa démarche par les difficultés qu’elle rencontre pour vendre ladite parcelle. « Nous éprouvons d’énormes difficultés aujourd’hui pour vendre une partie dudit terrain appelé « maudit » depuis la fin des évènements suscités », relève la famille dans sa correspondance. La famille Bomba indique également être dans l’impossibilité d’exploiter ladite parcelle pour des projets agricoles ou d’élevage, de crainte de ne pouvoir écouler les produits sur le marché. Invendable et inexploitable, la famille se retourne donc vers l’Etat pour être indemnisée.
A ce jour, selon nos informations, la requête de la famille n’a pas encore connu de suite favorable. Pour les familles des personnes exécutées à Mfou, dans le cadre des tristes évènements du 06 avril 1984, la correspondance de la famille Bomba est une grande bouffée d’oxygène car elle est riche en informations. Elle indique avec précision et certitude où leurs parents, amis et connaissances ont été enterrés. Pour elles, il y a désormais un lieu symbolique de recueillement, comme il est de tradition en Afrique, sans que cela ne soit considéré ni comme une provocation, ni comme une apologie du 06 avril 84.
Rappelons que selon les documents officiels, l’adjudant-chef Mouyal, le maréchal des logis chef Dangmo Blaise, le maréchal des logis chef Traptouang Philippe, les gendarmes major Djibrilla Bouba Adji et Kiska Alagao et le gendarme Baganama ont été exécutés et enterrés à Mfou, le 15 mai 1984. Le lendemain, suivront le maréchal des logis chef Danladi Maïtourare et son camarade d’arme Ousmanou Salbé. Reste à savoir si la fosse commune creusée sur le terrain de la famille Bomba n’a reçu que ces seules dépouilles.


Raoul Guivanda

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