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Cameroun - Accident ferroviaire d'Eseka: Le milliard introuvable de Paul Biya

Cameroun - Accident ferroviaire d'Eseka: Le milliard introuvable de Paul Biya

Tout comme le train 152, l’argent que le président a promis aux victimes ou à leurs familles n’est jamais arrivé à destination. L’heure est déjà aux inquiétudes.

Le visage suave, Maître Thomas Dissakè Kwa n’en finit pourtant pas d’être exaspéré. En plus de n’avoir pas de nouvelles de sa notaire d’épouse (Mme Dissaké Kwa née Dorette Enangue Njoh) disparue lors de l’accident ferroviaire survenu à Eséka (Nyong-et-Kelle) le 21 octobre 2016, l’avocat au barreau du Cameroun baigne dans un mélange de colère, de désespoir, de frustration. «J’ai écrit au président de la République qui a donné des instructions pour que lumière soit faite sur le sort de mon épouse.
Il me semble que ceux qui sont chargés d’exécuter les directives présidentielles semblent détournés de celles-ci», confie-t-il. Plongé dans l’épaisseur tragique des souvenirs, le juriste éprouve le sentiment de se perdre dans la suite réservée au milliard de francs CFA promis par le chef de l’Etat depuis octobre de l’année dernière, en guise d’assistance complémentaire à verser aux familles des victimes de l’accident du train 152. Ce 22

février 2018, dans son bureau, sis Avenue Foch, au coeur de Yaoundé, il estime que «cet argent offre au regard un miroitement de lumières et d’ombres semblable aux reflets d’une eau dormante».
En clair, rien de probant sur le décaissement effectif, encore moins sur le partage, ne se dessine, selon lui. «Tout pour intensifier la douleur des familles éprouvées», lâche-t-il, évoquant l’activité épistolaire dans laquelle il s’est lancé depuis la publication, le 23 mai 2017, d’un communiqué du secrétariat général à la présidence de la République.


Ping-pong
Maître Thomas Dissaké Kwa dit avoir écrit à Magloire Séraphin Fouda et à Alamine Ousmane Mey, respectivement les 16 et 31 janvier 2018. La posture du secrétaire général des services du Premier ministre (président de la Commission interministérielle chargée d’encadrer la répartition de la dotation spéciale du chef de l’Etat) et celle du ministre des Finances (membre de ladite Commission) n’offre à ses yeux que des échappées en tous genres, avec en bonus, des bifurcations improbables.
«Eu égard à cela, tranche Justin Ombé (un autre proche d’une victime de l’accident) la figure de l’idiot n’est même plus interrogée, elle est purement et simplement confondue avec celle de l’imbécile faute d’informations fiables sur le dossier». De son point de vue, les familles des victimes de l’accident du train d’Eséka sont encore témoins de «quelque chose de trop fort, d’une logique implacable qui échappe à toute raison».
Conséquence : à ce jour, aucune des personnes listées n’a perçu le moindre sous. Selon des informations obtenues auprès des services du Premier ministre, une liste de noms des bénéficiaires du «milliard présidentiel» est prête depuis le 23 octobre 2017. Le document a été transmis à Alamine Ousmane Mey pour «paiement en urgence». Au Minfi, rien d’officiel ne filtre ; laissant libre cours à des indiscrétions. Sans assumer leurs dires, certains fonctionnaires de cette institution publique disent que «le dossier est encore piloté à partir du Premier ministère».
En bons petits vampires, certains se frottent déjà les mains dans l’attente de voir le milliard tomber à leur niveau. Là-bas, apprendon, d’ores et déjà, des réseaux occultes mélangeant gros intérêts privés et petites corruptions individuelles sont constitués.


Jean-René Meva’a Amougou

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