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Cameroun - Gouvernance: Comment Biya fragilise les gestionnaires publics

Cameroun - Gouvernance: Comment Biya fragilise les gestionnaires publics

Des responsables publics dans le viseur de la justice sont laissés en fonction au détriment de l’efficacité managériale.

Sur son blog, David Nkoto Emane professe que sa devise est ce proverbe russe : «Mieux vaut une vérité amère qu’un doux mensonge». Difficile pourtant d’imaginer que le directeur général de la Cameroon Telecomunications (Camtel) se réjouisse particulièrement de sa situation actuelle, surtout depuis que l’opinion publique a découvert qu’il lui est formellement interdit, ainsi qu’à 07 autres collaborateurs et ex-employés de Camtel, de sortir du territoire national. C’est en effet la substance d’un message radio porté daté du 2 mars 2018 et signé de Samuel Njock, commissaire de police divisionnaire agissant pour le compte du délégué général à la Sûreté nationale (Dgsn), Martin Mbarga Nguele. Dans ce document officiel qui s’est curieusement retrouvé sur les réseaux sociaux, l’on apprend que cette mesure est consécutive à l’application des instructions du 23 janvier 2018 du chef de l’Etat, donnant suite à une correspondance du Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe) du 06

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février 2018.
Par-delà la fuite dont il n’est pas évident de démontrer les bénéficiaires, il y a surtout la question lancinante du choix de laisser un manager public de cet acabit dans un tel inconfort psychologique. Autrement dit, une telle situation, même atténuée par le sacro-saint principe de la présomption d’innocence, n’est-elle pas préjudiciable à la performance de l’organisation ? «Bien évidemment », analyse Mathias Eric Owona Nguini. Le politologue soutient que «le fait qu’un responsable public soit poursuivi devant le Tribunal criminel spécial (TCS) ne contribue pas à sa sérénité et donc à sa productivité en tant que manager ».
L’universitaire ajoute qu’à «l’observation, cette façon de faire semble être devenue une habitude du système gouvernant, ce qui a un effet sur la performance des institutions ou organisations publiques». Le cas Nkoto Emane semble bien confirmer une politique du sursis consubstantielle au fonctionnement du régime de Yaoundé. En témoigne le sort réservé à feu Louis Bapès Bapès. L’exministre des Enseignements secondaires (Minesec,) avait été arrêté le 31 mars 2014, et placé en détention à la prison centrale de Yaoundé- Kodengui, avant d’être libéré le lendemain. Epinglé pour détournement présumé de fonds publics, l’ancien Minesec (en fonction à l’époque des faits, Ndlr) avait par la suite regagné tranquillement son bureau à la stupéfaction générale.
Autre fait symptomatique de cette politique du sursis, la promotion octroyée à Louis Max Ohandja Ayina. Quoiqu’accablé en janvier 2014 par un rapport du Conseil de discipline budgétaire et financière (Cdbf) du Consupe, cet universitaire fût nommé le 02 octobre 2015 secrétaire d’Etat auprès du ministre des Travaux publics chargé des routes camer.be. Pourtant, le Consupe avait constitué l’ancien directeur de l’institut universitaire de technologie (IUT) de Douala débiteur de la somme de 91,89 millions Fcfa envers cette institution. Ce dernier devait en outre s’acquitter du paiement d’une amende de 2 000 000 de FCfa comme conséquence de sa gestion. Congédié du gouvernement réaménagé le 02 mars 2018, Louis Max Ohandja Ayina est désormais sous le coup d’une interdiction de sortie du territoire.


DÉMISSION
S’il est vrai qu’au Cameroun, le recours à la démission par les personnalités publiques dans le viseur de la justice est un fait rarissime, voire inédit, sous d’autres cieux et notamment en France (cité par les thuriféraires du pouvoir quand ça les arrange), cette pratique est logique. Elle est du reste un signe de la vitalité de la morale publique. A titre d’illustration, l’ancien ministre français du Budget, Jerôme Cahuzac, avait dû quitter ses fonctions le 19 mars 2013 parce que soupçonné d’évasion fiscale en Suisse.
Une hérésie sous nos tropiques où tout semble se passer comme s’il fallait laisser systématiquement une épée de Damoclès sur la tête des gestionnaires publics pour mieux les tenir. Les nombreux cas de ministres ou directeurs généraux de société publiques ou parapubliques encore en fonction et dont les noms sont cités dans des dossiers judiciaires attestent du cynisme de cette politique du sursis.


Yanick Yemga

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