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Cameroun - Sénatoriales 2018 : Comprendre la géopolitique du vote

Cameroun - Sénatoriales 2018 : Comprendre la géopolitique du vote

Au sortir du dépouillement du scrutin du 25 mars dernier, les alliances souterraines et de surface, sont les enjeux des résultats attendus. Décryptage !

Certaines tendances des sénatoriales issues des différents bureaux de vote, parues dans la presse depuis lundi passé, ne cessent d’aiguiser la curiosité des analystes politiques de la scène camerounaise. Ainsi, il revient avec insistance que le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) a perdu les élections dans le Nord-Ouest qui comptabilise 1039 conseillers municipaux. Alors qu’il a une majorité absolue des votants, soit 538 conseillers municipaux, le parti au pouvoir, a curieusement perdu le vote devant le Social democratic front (Sdf) qui n’a que 500 conseillers en son sein.
Comment comprendre que le parti du Chairman, soit en tête des suffrages exprimés avec 517 voix soit, 49, 76% de tous les votants ? Le Rdpc engrange 476 voix, soit 47,74 % des votants. Qu’est-ce qui explique ce retournement ? Bien plus encore, dans la circonscription électorale du Sud, considéré depuis des lustres comme le « fief granitique » du Rdpc,

l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp) de Bello Bouba Maïgaria a entamé le granit dont est fait le socle du Rdpc, en arrachant 7 voix alors qu’il n’a aucun conseiller municipal dans ladite région. Que se passe-t-il dans le Sud, région natale du Chef de l’Etat ?
Un autre fait qu’on ne peut occulter de ces élections est que le parti de Paul Biya a pris la ferme résolution d’arracher la région de l’Ouest des mains du Sdf, tout comme l’Adamaoua. En effet, l’Undp en retirant en pleine session du Conseil Constitutionnel sa plainte pourtant engagée dans les délais légaux contre le Rdpc devant ledit organe juridictionnel à l’effet d’invalider la liste du Rdpc, a donné la preuve par neuf qu’il existe un accord tacite allant au-delà du gouvernement entre les deux formations politiques. Le but certainement était de couper l’herbe sous le pied du parti de la balance.


Le Sdf et la crise anglophone
La victoire du Sdf dans le Nord-Ouest n’est pas une mauvaise nouvelle pour le pouvoir. Chacun sait combien cette crise perdure et se complique chaque jour un peu plus. C’est un véritable serpent de mer. A chaque fois que le gouvernement semble avoir sorti le joker, c’est précisément à ce moment que ce conflit livre une autre de ses multiples facettes. Pour preuve, l’arrestation du leader du mouvement sécessionniste et ses lieutenants n’a entamé en rien la détermination des partisans de la partition du Cameroun. Bien avant, le gouvernement avait mis tout le paquet pour satisfaire les exigences des syndicalistes.
En vain. Dernière tentative en date, la nomination de Paul Atanga Nji, au poste de ministre de l’administration territoriale. Des nouvelles en provenance du terrain, la crise est ouverte et prend désormais d’autres tournures par l’enlèvement des autorités suivi des demandes de rançon. Ce ne serait donc pas mal venu de penser que le Rdpc, par cette défaite annoncée dans la Nord-Ouest, remet le Sdf en scelles en lui cédant au minimum quatre sièges de sénateurs.
Pour mieux appréhender cette réalité, il faut lire les manœuvres du parti présidentiel dans l’Adamaoua. Bien entendu qu’on objectera que le Rdpc aurait pu faire de même dans l’Extrême-Nord avec la guerre contre Boko Haram. Eh bien, les deux conflits ne sont pas de même nature. Au nord du pays, le pouvoir a besoin de l’adhésion populaire dans la défense nationale alors que dans les régions anglophones, le président Biya est à la recherche des forces politiques qui rassemblent. Le Sdf en est une.


Le retrait de la requête de l’Undp devant le juge constitutionnel
Dans l’affaire qui l’opposait au Rdpc devant le juge constitutionnel en date du 15 mars 2018, l’Undp s’est subitement rebiffée sans que l’on ne sache ni comment ni pourquoi. Pourtant dans cette affaire où le parti de Bello Bouba sollicitait du juge la disqualification de la liste du parti au flambeau ardent au motif qu’une candidate sur la liste investie par le parti au pouvoir avait un pièce d’état civile douteuse, - en clair qu’elle n’était pas Camerounaise -, le juge a laissé plus d’un pantois quand il a dit sans aucune explication que l’affaire était radiée du rôle. Quelles sont les attentes légitimes de l’Undp pour agir ainsi ?
Bien que des sources proches du mandataire de l’Undp à ce scrutin, en l’occurrence son secrétaire général et sénateur sortant du Littoral Pierre Frambeau Ngayap soutenaient à la sortie de cette audience de la juridiction constitutionnelle avoir agi tactiquement pour ne pas aider le parti au pouvoir à appeler encore à voter pour le SDF comme en 2013 dans leur face à face, l’on attend de voir si le parti de Bello Bouba Maïgari contestera devant le Conseil constitutionnel la régularité de la liste du parti au pouvoir victorieuse à l’effet de voire la sienne arrivée en 2ème position être déclarée élue en cas d’annulation de celle-là… Dans le cas contraire, on continuera à se demander ce que le pouvoir Rdpc lui a-t-il promis un retour de l’ascenseur, du moins jusqu’à la publication après la proclamation des résultats officiels par le Conseil Constitutionnel, de la liste des 30 sénateurs nommés par le président de la république ? Si cette seconde hypothèse d’un deal entre l’Undp et le pouvoir Rdpc devait prospérer, il faudrait s’attendre à voir le parti majoritaire au Sénat céder quelques sièges à au parti de Bello Bouba Maïgari, essentiellement par la voie des nominations comme ce fut le cas en 2013 avec Pierre Flambeau Ngayap, sénateur Undp dans le Littoral.


Le Rdpc et la reconquête de l’Ouest
L’invalidation des listes du Rdpc dans la région du soleil couchant en 2013 a créé beaucoup de frustrations au sein des militants du parti de Paul Biya, dont certains n’excluaient pas la possibilité d’aller regarder ailleurs au cas où le Rdpc se délesterait encore des listes d’investiture de l’Ouest. Le parti, conscient de cette réalité sur le terrain, a tout mis en œuvre cette fois pour voir sa liste être validée par le Conseil Constitutionnel pour ces élections sénatoriales. Ils étaient prêts à se battre jusqu’au bout pour passer. Ce n’est pas pour rien, si le taux de participation aux élections sénatoriales à l’ouest est le plus élevé du pays. Les Ngouchinghe Sylvestre, Ngoubeyou François Xavier, etc., malgré l’affaire burlesque de ce candidat chef supérieur des Bamessingue au nom douteux sur les documents publiés par Elecam – et qui n’a obtenu sa validation, et partant celle de la liste que grâce à une manœuvre digne des juridictions camerounaises ont dû mouiller le maillot à fond pour bouter le Sdf hors de la région pour les sénatoriales. On peut dire que le mal est désormais réparé par le pouvoir, du moins pour ses barons l’Ouest. Car beaucoup estimait alors que le Rdpc avait ainsi laissé entendre qu’il pouvait sa passer de l’Ouest. Or dans sa lettre circulaire du 8 février dernier, le président national du Rdpc disait clairement qu’il n’entendait pas voir qu’une seule voix du parti était perdue. Le message est passé et c’est le parti du Chairman qui en fait les frais.


Les frustrations naissent dans le Sud (présidentiel)
Les sept voix du Rdpc arrachées par l’Undp dans le Sud du pays, sont un symbole fort de ces élections sénatoriales. Avant toute chose on peut ici féliciter le parti de Bello Bouba qui a investi des listes dans des régions où il ne comptait même pas un seul conseiller municipal. Il y est donc allé parce qu’il était au fait non seulement des frustrations engendrées par les investitures mais aussi par le comportement peu amène des sénateurs sortants. Ils sont nombreux ceux-là, dans cette région, qui n’ont pas fait de descente sur le terrain jusqu’à la fin de la législature en cours. Les conseillers municipaux entendaient donc les sanctionner pour cet « oubli de la base ». Aussi, il faut comprendre que le coup retentissant de l’Undp sur le socle en granit du parti présidentiel, en plus dans son fief naturel, a fait des fissures parce que les populations dans l’ensemble et surtout les acteurs politiques étaient frustrés par les investitures. Par exemple, Amougou Bernard et Afane Gisèle Solange sont des nouveaux. Deux sénateurs ont été donc écartés de la liste d’investiture.
Cela peut avoir un coût même si les concernés peuvent avoir demandé aux conseillers, du moins publiquement, de respecter la discipline du parti et de voter dans l’intérêt du parti. Cette situation ne concerne pas le Sud exclusivement car au Sud-Ouest deux Sénateurs ont également perdu leur investiture. Il en va de même au Nord-Ouest. La question qui taraude les esprits est qu’aux prochaines élections, le Sud sera assailli par les candidatures tout comme le Centre, l’Ouest et le Littoral. On surveillera le comportement des votants dans la région du Sud, la dernière des filles du Renouveau qui semble s’émanciper, plus tôt que prévue. Cela est tout bénéf dans cette démocratie pluraliste qui se construit péniblement au Cameroun en général, et dans cette partie du pays en particulier.


Franck ESSOMBA Avec Léopold DASSI NDJIDJOU

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