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L'ouverture sur le Cameroun::Affaire Albatros: Gérôme Mendouga parle | Informations

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La Constitution camerounaise

La Constitution de la Republique du Cameroun
Affaire Albatros: Gérôme Mendouga parle PDF Imprimer Envoyer
Écrit par 237online.com   
Jeudi, 19 Janvier 2012 09:56

Déclaration de l'accusé Gérôme Mendouga, l'ex-ambassadeur du Cameroun à Washington DC a longuement déposé hier devant le TGi du Mfoundi à Yaoundé dans le cadre de ce qu'il convient d'appeler Affaire Albatros, relative à l'achat d'un avion présidentiel au Cameroun.
Votre honneur, honorables membres de la collégialité!

C'est, littéralement effondré,et les yeux en larmes que l'ex-ambassadeur Gérôme Mendouga a parachevé hier, mercredi 18 janvier 2012, sa déclaration de près de 3 heures d'horloge devant le Tgi du Mfoundi siégeant en matières criminelles dans l'affaire de détournement de deniers publics de la somme de 720 millions Fcfa reprochée à l'accusé Mendouga. Trois heures pendant lesquelles le vieillard de 73 ans, debout sur ses jambes est revenu sur les péripéties qui ont jalonné ses 48 ans d'une carrière diplomatique riche. Indiquant au passage qu'il avait agi en toute bonne foi et utilisé les fonds reçus dans l'intérêt de l'Etat camerounais. De même qu'il déplore tout le mensonge qui a précédé son interpellation et son incarcération à la prison de Kondengui.
Une audience marquée par l'absence remarquée de l'accusé Atangana Mebara. Une absence qui, à en croire son conseil Me Assira, ne serait pas étrangère aux incidents dont l'audience du 04 janvier dernier avait été le théâtre. Ce jour là, rappelle l'avocat, le tribunal avait refusé la parole à l'ex-Sgpr et ses conseils qui entendaient formuler une demande de mise en liberté provisoire. Le tribunal avait estimé qu'une telle demande était inappropriée, parce que intervenant en fin d'audience. De plus, relève l'avocat, l'ex-Sgpr avait été brutalisé au sortir de l'audience par le lieutenant de gendarmerie en charge de son escorte, au moment où l'ex-Sgpr s'apprêtait à faire quelques dédicaces de son livre présenté au public quelques jours plutôt chez l'Harmattan à Yaoundé,en son absence. Ce sont ces deux incidents couplés à l'état de santé précaire de l'accusé qui, selon Me Assira, pourraient expliquer cette absence devant le tribunal. Substance et extraits d'une de la Déclaration fleuve de l'ex-ambassadeur, Gérôme Mendouga..

Me voici devant votre tribunal, inculpé de détournements de deniers publics d'un montant de 243162,78 dollars, soit 121 581 180 Fcfa. Cette somme a été utilisée à suppléer au paiement des dépenses de fonctionnement de notre ambassade à Washington. Rien, à ma connaissance, n'avait interdit cette opération. J'étais alors ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Cameroun aux Etats-Unis d'Amérique, chef de notre mission diplomatique, représentant personnel du Chef de l'Etat, investi de toute l'autorité nécessaire pour pouvoir assumer ses devoirs et responsabilités dans l'accomplissement des missions qui m'étaient assignées au service de notre pays.

En fait, cette somme de 121 millions Fcfa constituait le reliquat d'un crédit de 720 millions Fcfa que le gouvernement m'a délégué en janvier/février 2004, par l'entremise du percepteur de l'ambassade, M. François Ngoubene. Effectivement, le percepteur m'a remis en deux chèques qu'il a établis en mon nom propre, un total de 1 262 289,14 dollars. Ce reliquat de 121 millions Fcfa représente ce qui reste du crédit global initial, lorsqu'en est soustraite la somme de 1 019 126,78 dollars que j'ai consacrée aux dépenses liées à l'avion pris en leasing de la compagnie Boeing pour les déplacements du chef de l'Etat, et qui a été baptisé « Albatros ».

Le message-fax convoyant les fonds ainsi envoyés, adressé au percepteur qui m'en a remis copie, et que je vous dépose comme pièce à conviction, porte notamment les phrases que je cite : « crédit destiné aux dépenses à effectuer par l'ambassadeur sur indication de la présidence de la République » et « vous en autorise utilisation en attendant arrivée titre autorisation de dépense correspondant »...Le fait constant est que, en ce qui me concerne, je n'ai reçu ni instruction, ni indication spécifique quant à l'utilisation dudit crédit, et ce à aucun moment, ni avant, ni après, ni au moment de la réception des fonds.

Mvog-Belinga
Permettez-moi que je me présente à vous. Je suis né le 15 août 1938 à Ekyé, quartier de Yaoundé IV. C'est cet arrondissement qui abrite ma résidence actuelle : la prison centrale de Kondengui. Je suis donc un autochtone de la ville de Yaoundé, un patriarche dans nos traditions Mvog-Belinga chez les Bene. J'ai effectivement en âge, en ce mercredi 18 janvier 2012, jour pour jour : 73 ans révolus, 5 mois et 3 jours. Mon père, planteur et catéchiste de son état, est mort quelques trois ou quatre ans après ma naissance. Ma mère, assistée de la seule s?ur de son mari, m'aura donc élevé en femme seule, non scolarisée, mais de formation morale et chrétienne de très haut niveau. Elle modelait et vendait de la poterie en argile comme moyen de subsistance. Et moi-même déjà, depuis l'âge de 10 ans environ, je parcourais plusieurs fois par semaine les 7 à 8 km de distance qui nous séparait de ce qui était alors la ville, avec un fagot sur la tête, pour venir vendre du bois sec à Mvog Mbi. Le moins pénible de ces petits emplois par lesquels je me suis fait aura été celui de planton à la Chambre de commerce. C'est dire d'où je viens, de quelle condition je suis sorti pour être celui qui est devant vous aujourd'hui, ayant occupé ce que je considère comme de grands postes de responsabilité dans l'appareil de l'Etat, mais accusé aujourd'hui d'avoir commis un crime abominable.

Attaché d'ambassade à Washington en mars 1961, je suis par la suite nommé Premier secrétaire, puis Consul général chargé, en 1964, de créer notre nouvelle ambassade au Canada, à l'âge de 26 ans. Par la suite, j'occuperai, tour à tour, différents postes de responsabilité dans l'administration centrale du ministère des affaires étrangères, puis de Conseiller d'ambassade dans divers pays européens et africains, avant d'être Chef de la Mission économique du Cameroun à Bruxelles en 1981. En culmination de ce parcours, je suis ambassadeur en 1984, Chef de Mission diplomatique d'abord à Dakar où je crée, là aussi, notre nouvelle ambassade, puis en 1989 à Kinshasa, et enfin, en 1993, revenant ainsi en poste pour la deuxième fois là où j'avais commencé ma carrière diplomatique et où je l'ai conclue, à Washington DC. Là j'aurais servi pendant environ 15 ans, sur un total de près d'un quart de siècle comme chef de Mission diplomatique, et j'y aurai été vice doyen de tout le Corps diplomatique.

Monsieur le président, honorables membres de la collégialité, j'ai passé 48 ans de ma vie service actif de notre pays, ce pays qui m'a tant donné. Oui, ayant même choisi de décliner de mirobolantes offres vers d'autres horizons, j'ai passé 47 ans de ces 48 ans à aller à travers le monde défendre, dire, clamer et témoigner en paroles et en actions que : oui le Cameroun, il est beau ! Il est grand ! Il est bien ! Les camerounais sont des grands ! Ils sont sérieux, ils sont bien ! Pendant tout ce temps je n'ai u pour soucis constants, pour seuls soucis, que d'assurer, promouvoir et de défendre l'image, la dignité et l'honneur du Cameroun, notre pays et faire triompher nos intérêts au mieux de mes capacités et ressources.....

Oui, j'ai effectivement reçu du percepteur de l'ambassade une somme de 1 262 289, 14 dollars correspondant à 720 millions Fcfa pour, est-il écrit à l'adresse dudit Percepteur, «dépenses à effectuer par l'ambassadeur sur indication de la Présidence». Lorsque les fonds me sont remis en février 2004, nous sommes entrain de poursuivre, laborieusement, le point d'achèvement dans notre relation avec le Fmi qui a son siège à Washington. Nos gestes étaient généralement suivis, épiés et scrutés, et plus particulièrement au regard des rumeurs qui circulaient. Nous étions, murmurait-on, dans une affaire d'acquisition d'avion sans le feu vert des Institutions qui veillaient à ce que notre programme en vue d'atteindre le point d'achèvement, ne fût d'une quelconque manière, entaché de délinquance financière ou administrative. C'est dire que la période de 2004 à 2006 y revêtait pour nous une importance stratégique de grande intensité.

Boutade
Rien n'est dit au sujet de l'objet des fonds en question. Et personne ne m'en a rien dit à quelque moment que ce soit. Lorsque j'ai demandé au percepteur après qu'il m'ait tendu le premier chèque quel en était l'objet, il a fait, en me tendant copie du message fax qui véhiculait les fonds en question, une boutade du genre «c'est vous qui savez là-haut» dans une formule que je reprendrai en quelque sorte dans un message d'information à la présidence. J'ai lu ledit message-fax. L'objet du crédit n'y était pas porté. Et le directeur général du budget au ministère des finances, responsable et technicien en la matière, a confirmé cette vérité. Mais j'ai bien compris qu'il s'agissait de questions à traiter en tant qu'affaires d'Etat comme on dit, d'un niveau du plus haut degré d'importance dans les préoccupations de l'Etat. Et l'ambassadeur n'aura reçu ni avant, ni après, ni au moment de la réception des fonds en question, aucune instruction, aucune directive, aucune orientation, aucune indication de spécifique quant à l'utilisation de ces fonds. Aucun témoin n'a dit le contraire de ce fait. Personne n'a présenté la preuve du contraire de cette vérité. Il s'est agi, dans la limite de ce crédit de 72 millions Fcfa, de juger de l'opportunité et de la moralité des dépenses, de hiérarchiser les charges incombant à l'Etat, et de déterminer lesquelles honorer selon les besoins et impératifs du service, à la poursuite des missions dont j'avais la charge.

L'ambassadeur a payé des charges incombant à l'Etat, pour le bien de l'Etat qu'il servait et dont il oeuvrait à voir réussir les objectifs. C'est le mandat qui lui a été confié par l'Etat, propriétaire des fonds en cause. Et tout a été pour l'Etat. L'ambassadeur a géré comme on dit «en bon père de famille», pour le bien de la famille, pour le bien de l'Etat, en bon haut commis de l'Etat.
On a vu et entendu des grandes autorités de la République s'investir à rouler dans la farine et le peuple camerounais et son chef, en mettant quiconque au défi de prouver que l'ambassadeur Mendouga, puisqu'il est dans le collectif stigmatisé des personnalités alors prises dans les griffes de l'opération «Epervier», est innocent. On faisait ainsi croire que notre droit se fonde sur la « présomption de culpabilité » pour les inculpés, et non comme vous le savez, sur la «présomption d'innocence».

On a vu et entendu les mêmes autorités pérorer et clamer que l'ambassadeur Mendouga , faisant partie du même collectif des interpellés, et de ceux qui ont détourné des milliards qu'on ne retrouve pas simplement parce qu'il a su les planquer. On a vu et entendu des trompettistes et thuriféraires de la démolition, de la destruction des victimes, se charger de casser l'auréole de cet ambassadeur Mendouga «voleur» en le jetant en pâture à l'opinion par cette belle expression de dénigrement entre autres : «un patriarche ne vole pas!» On a même vu la police judiciaire, dans sa lettre du 4 août 2008 transmettant le dossier à la justice, et portant en objet : «détournement de deniers publics en coaction et complicité», déclarer que le suspect Mendouga était en fuite. Drôle de façon d'être en fuite, de se cacher, pour quelqu'un qui a accumulé mon peu d'expérience et de connaissances des relations internationales, de leurs réalités et de leurs mécanismes.

En tout cas, je suis revenu au Cameroun normalement, en annonçant le jour et le vol d'avion de mon arrivée comme il est de tradition en fin de mission pour un ambassadeur, par messages fax et autres moyens de communication. Et l'interrogation est là : qu'ya-t-il de contraire aux intérêts de l'Etat ? Qu'ya-t-il d'inopportun, d'irrégulier, d'immoral, d'illégal, de criminel dans le fait que des fonds de l'Etat, à disposition sans interdit ni réserve, soient utilisés pour payer les charges incombant à cet Etat et ce par l'ambassadeur, dans la libre appréciation de gestionnaire qui lui revenait, en tant qu'autorité dûment habilitée, dûment mandatée pour le faire ? Et cette interrogation qui m'habite. Elle ne me quitte jamais, que ce soit lorsque seul, je considère mon âge, 74 ans, pensant à la vie que j'ai eue, à toute la rigueur, la rectitude morale, l'amour du service public que j'ai érigés en règle de vie tant pour moi-même que pour tous mes enfants, et pensant à la retraite de rêve que j'ai pensé m'être préparé, et avoir méritée.
Finalement, Dieu merci, la réponse vous appartient, à vous que Dieu, notre Dieu à tous, le Juge Suprême, a donné de rendre justice au nom de ce peuple assoiffé de justice, de justice vraie, de justice juste, en votre âme et conscience.
Le Sage de la Bible, Ben Sirac, nous dit : «trois choses me font peur et une quatrième m'épouvante : une calomnie qui court la ville, une émeute populaire, une fausse accusation : tout cela est pire que la mort». En mon nom propre et si je peux me le permettre, au nom de ce peuple assoiffé de justice, je vous dis: je vous fais confiance !!!

 

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