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L'ouverture sur le Cameroun::Franc CFA: L'Afrique fait face au mépris. | Afrique Actualité

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La Constitution camerounaise

La Constitution de la Republique du Cameroun
Franc CFA: L'Afrique fait face au mépris. PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Mutations   
Mardi, 17 Janvier 2012 10:49

La nouvelle a fait le tour de l'Afrique et du monde en un temps record : le franc CFA va être dévalué. Les réactions ont été à la dimension de la charge émotionnelle d'une telle information. Les journalistes ont tout de suite ouvert des lignes de presses ; on a procédé dans des radios aux micros trottoir ; des télévisions nationales et panafricaines ont invité des experts du système monétaire pour spéculer sur la probabilité d'une telle éventualité.

Toutes les personnes interrogées, experts ou non dont l'esprit gardait encore le souvenir mémorable des affres de la première dévaluation, ont émis leurs avis. Les débats se sont même parfois enlisés autour des principales écoles de pensées en matière de gestion financière. Bousculée, la fibre patriotique a réagi avec des appels à quitter la zone CFA.
D'autre part, on a noté que les spécialistes appelés à expliciter la nécessité et l'opportunité d'une dévaluation du franc CFA ne sont pas unanimes. En réalité, partie d'Abidjan ou d'ailleurs, cette rumeur a permis d'étendre le débat sur la question à plusieurs couches de la population. C'est cette dimension qui pousse à se demander si finalement tout ceci n'était qu'un ballon d'essai destiné à jauger l'opinion du public à ce sujet...
Un ballon d'essai est en fait une stratégie de communication qui consiste à utiliser les canaux officieux pour transmettre une information stratégique à un public cible. Cette approche n'est pas répertoriée parmi les mécanismes de recherche sur l'opinion publique parce qu'elle n'a pas toujours une déclinaison rationnelle dans la mesure de cette opinion. Quoiqu'il en soit, quand on voit le déploiement d'énergie et l'ampleur des débats qui ont entouré l'information sur la probable dévaluation du franc CFA, il est permis de douter que les sondages ou des groupes de discussion à l'échelle de la zone auraient donné autant d'information pour les éventuels commanditaires du ballon d'essai.
En fait, cette stratégie permet un pré positionnement auprès d'une opinion que l'on veut influencer. L'objectif ultime est de laisser l'information cheminer dans l'esprit des destinataires de la politique, ceux qui devraient finalement en subir les conséquences. L'avantage est qu'il n'y a plus d'effet surprise. Mieux : les réactions violentes ou négatives qui auraient pu en résulter sont atténuées par le fait que l'on s'y attendait.
Mais quel que soit le bout par lequel on prend les ballons d'essai, ils sont quand même la preuve d'un respect que l'on a pour le public que l'on sert. Il est l'illustration d'une préoccupation des gestionnaires vis-à-vis de la population. Il est clair qu'une telle stratégie ne justifie pas l'incurie et la mauvaise gestion mais pour les Camerounais par exemple, qui sont depuis longtemps habitué au fait accompli, il s'agit d'une progression dans la considération due à ceux que l'on sert. Un coup d'?il rapide dans le rétroviseur des stratégies gouvernementales de communication au Cameroun, montre que la situation n'a pas toujours été celle du mépris auquel la population a droit aujourd'hui.

 

Que l'on se souvienne quelque peu de quelques éditorialistes de la Crtv qui ont à l'époque conçu des émissions à dessein pour faire ingurgiter aux téléspectateurs les licenciements (appelés joliment «déflatés») à venir dans la Fonction publique. La CRTV et même Cameroon-Tribune avaient organisé des débats préliminaires sur des sujets où les décisions politiques n'avaient pas encore été prises. Les Ballons d'essai apparaissent comme la stratégie communicationnelle du pauvre bien adaptée pour une organisation comme le gouvernement du Cameron qui n'a pas forcément les moyens de mener une recherche de son opinion soutenue.
On constate que ce qui manque le plus au Cameroun, c'est la volonté. Pour ceux qui nous dirigent, notre opinion compte peu. Cette conviction est renforcée par les scores soviétiques offerts au président Biya lors des dernières élections. Nombreux de ses thuriféraires ont saisi cette occasion pour expliquer que les élections étaient la seule recherche sur l'opinion qui compte vraiment et qu'en plébiscitant si fortement le candidat des «grandes réalisations», les Camerounais s'étaient prononcés une fois pour toutes.

Un tel raisonnement a une portée véridique bien limitée puisque les objectifs d'un gouvernement veulent que les populations soient non seulement tenues informées de ce que fait le gouvernement, mais aussi de ce qui est attendu d'eux en réponse des actions gouvernementales. Utiliser les ballons d'essai tranche avec le mépris que le gouvernement montre en ce moment vis-à-vis du peuple qu'il est censé servir. Cette stratégie donne le signal d'une volonté de congruence avec les besoins essentiels de la population. Au lieu de toujours servir l'impression de déconnexion entre l'élite gouvernante toujours dans les nuages des ambitions sans moyens et la population sous la tenaille des besoins élémentaires. Par ailleurs, la reprise des ballons d'essai ne devrait être qu'une étape stationnaire parce qu'à terme, le gouvernement doit mettre au point une unité de recherche sur l'opinion afin de prendre en compte les opinions et les besoins réels des populations dans la conception de ses initiatives, dans la mise en oeuvre de ses politiques. Après tout, la seule raison d'existence d'un gouvernement (celui du Cameroun y compris) est qu'il doit être au service de la population. Les stratégies de communication gouvernementales doivent refléter cet impératif.

 

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