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| Cameroun: La république du chantage? |
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| Écrit par Mutations |
| Mercredi, 11 Janvier 2012 09:56 |
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Les faits contés par les témoins ne se contredisent pas : dans la nuit du 30 et 31 décembre dernier, un jeune homme habitant le quartier Deido à Douala a été poignardé à mort par un conducteur de mototaxi. Le 02 janvier, dans le même quartier, une jeune fille s'est vu arracher son portefeuille par un autre mototaxi. Ces deux faits concomitants, par leur proximité
géographique et par leurs acteurs sociaux identifiables, ont tout l'air des actions programmées et cordonnées. Ils peuvent tout aussi être des actes spontanés sans aucun lien organisé. La réaction compréhensible, bien qu'inacceptable a été la riposte des jeunes du quartier Deido contre les conducteurs des motos accusés de banditisme et de vandalisme.
Une semaine après le déclenchement de ces incidents, on a déploré environ trois décès et de nombreux dégâts matériels, en termes de magasins et débits de boissons détruits par les flammes. On note également des tensions ethniques entre les ressortissants de l'Ouest et les autochtones de Deido. Au moment où écrivions ces lignes, de Douala on apprenait que les émeutes auraient gagné d'autres secteurs de la ville, notamment Bépanda ou Ndokoti. Si cette extension des émeutes venait à être confirmée, cela signifierait que les autorités traditionnelles, politiques et administratives qui appellent depuis lors pour un retour au calme ne sont pas écoutées, qu'il faudrait alors envisager de faire intervenir à Douala d'autres personnes plus crédibles et susceptibles d'être écoutées.
Par ailleurs, toutes ces personnalités qui sont intervenues soit pour demander aux jeunes de revenir au calme, soit pour expliquer l'origine et la nature des émeutes, ont tout dit, sauf ce qu'il fallait dire , ces émeutes ont un mobile : les jeunes de Deido, de Ndokoti, de Bépanda, ou ceux de Mokolo, d'Emombo, d'Anguissa, les jeunes camerounais en général manquent cruellement d'encadrement et d'orientation. Ils sont abandonnés à eux-mêmes. Certains, pour les plus audacieux, poussés par le désarroi et les incertitudes du lendemain, se lancent dans des petits métiers pour lesquels leurs études supérieures ne les avaient pas prédestinés. D'autres choisissent pour ce qui leur semble le plus facile : le vol et le banditisme. Des incidents du 31 décembre et du 02 janvier à Deido se sont produit sur des terrains fertiles où ces jeunes qui se comptent en centaines de milliers, ne sont que des acteurs faciles. Le mototaxi est devenu une activité lucrative au Cameroun par le désoeuvrement de nombreux jeunes. Le phénomène a pris rapidement de l'ampleur dans nos villes par défaut des transports urbains en quantité et en qualité. Ayant constaté qu'il attirait de nombreux jeunes désoeuvrés, il revenait aux pouvoirs publics de réguler cette activité un peu comme la Communauté urbaine de Yaoundé a essayé de le faire avec un peu de bonheur, en maintenant les conducteurs de mototaxis à la périphérie de la ville. Voilà qui fait croire aujourd'hui à l'opinion publique que les mototaxis se comportent comme s'ils étaient un Etat dans un Etat. Lorsqu'ils posent des actes dans un cadre néant, les pouvoirs publics ne devraient s'en prendre qu'à eux-mêmes pour deux raisons principales. La première : il leur a manqué en amont la vigilance nécessaire pour encadrer un phénomène social naissant. Ensuite, ce phénomène est né du chômage. Il accueille tous ceux qui veulent y entrer. Il produit des effets qui ne sont pas toujours tous positifs. |






