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L'ouverture sur le Cameroun::Indépendance du Cameroun: L’histoire d’une indépendance dans le sang et la division | Informations

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La Constitution camerounaise

La Constitution de la Republique du Cameroun
Indépendance du Cameroun: L’histoire d’une indépendance dans le sang et la division PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Le Messager   
Mardi, 03 Janvier 2012 07:57

Indépendance du Cameroun: L’histoire d’une indépendance dans le sang et la divisionL’indépendance du Cameroun oriental proclamée sur fond de divergences entre les pro-colonialistes et les nationalistes. La partie occidentale connaît deux proclamations d’indépendance, un ralliement au Cameroun francophone et une adhésion à la fédération nigériane.
La solennité  du ton se voulait à la mesure des attentes exprimées. Face à  un parterre de personnalités politiques et des représentants de la France ainsi que ceux de la communauté internationale, Ahmadou Ahidjo, jeune Premier ministre d’alors affirmait, «Camerounais, Camerounaises, le Cameroun est libre.» C’était le vendredi, 1er janvier 1960. Des mots et un moment justifiés par la jeune élite administrative et politique comme l’aboutissement d’une «longue ascension». Un parcours qui débute, activement, au lendemain de la seconde guerre. Le Cameroun est alors placé sous la tutelle de l’Organisation des Nations Unies (Onu). Une organisation qui,
elle-même, délègue cette tutelle à la France et à l’Angleterre. C’est début d’une histoire qui, jusqu'à ce jour, n’a pas fini de dévoiler ses prismes.

C’est la période au cours de laquelle la France adopte deux Constitutions. Les lois fondamentales françaises de 1946 et celle de 1958 ont pour objectifs entre autres, de permettre aux populations locales «de participer à la gestion du pays». C’est dans ce sillage que des assemblées locales sont créées. D’abord l’Assemblée représentative du Cameroun (Arcam) en 1946. Une instance qui devient six ans plus tard l’Assemblée territoriale du Cameroun (Atcam). Puis en 1956, la France accorde, officiellement, une autonomie interne au Cameroun et, l’Atcam devient l’Assemblée législative du Cameroun (Alcam), l’ancêtre de l’Assemblée nationale actuelle. Dans les faits, cette instance est un relais de l’Assemblée nationale française. Les représentants des pays placés dans le giron de la France ont alors là «le privilège» de siéger à l’Assemblée de l’union française et au Conseil économique.

Ouverture politique sous contrôle

Cette ouverture, quoique contrôlée, de l’espace politique aux Camerounais, marque aussi l’avènement de nouvelles associations et autres syndicats dits «indigènes». C’est de cette période, soulignent des sources concordantes, que la question de l’indépendance du Cameroun connaît un renouveau de gestation  dans l’esprit des Camerounais. La création de l’Union des populations du Cameroun (Upc) matérialise alors cette aspiration nationaliste. L’encyclopédie électronique Wikipédia précise alors que après la constitution du parti en novembre 1948, Ruben Um Nyobè est élu secrétaire général. Outre la doctrine nationaliste prônée par ce parti, les autorités coloniales perçoivent le parti et son leader comme une émanation du communisme. Une perception accentuée malgré des rapports de police de l’époque qui relativisent quelque peu cette donne et présentent Um Nyobè comme «un homme d’exception qui tranche, et de beaucoup, sur la faune politique camerounaise.» Dans cette «faune», comme le mentionne de manière régulière les rapports secrets de la police coloniale, tout est mis en œuvre pour empêcher l’évolution du discours politique nationaliste.

Pour mieux organiser leur refus d’accorder l’indépendance au Cameroun, les colons français, au lendemain de la conférence de Brazzaville, créent l’Association des colons du Cameroun (Ascocam). Le mouvement qui sort des fonts baptismaux le 15 avril 1945 ne cache pas sa détermination de défense des intérêts des représentants de la colonie mais aussi, et surtout, comme le précisent des archives de cette époque «d’empêcher le progrès social revendiqué par les syndicats».

Conscients de cette situation, les nationalistes de tout bord vont durcir la revendication. Non sans quelques sacrifices et une manipulation certaines orchestrées par l’administration coloniale. De nombreux ouvrages consacrés à la question de l’indépendance camerounaise s’accordent sur le fait que de nombreux Camerounais perdirent leur vie sous le coup des balles de fusils de chasse tirées dans leur dos par des colons. Un combat qui prenait aussi de l’ampleur dans l’arène politique.  

André  Marie Mbida, l’Upc et l’indépendance totale

Pour faire face à la forte adhésion des Camerounais au discours nationaliste prôné par l’Upc, l’administration coloniale créé des partis satellites dont la vocation est de fragiliser l’action de Um Nyobè et de ses partisans. A titre d’illustration, l’Esocam et l’Indecam «partis administratifs» par excellence empêchent à l’Upc d’avoir la majorité à l’Assemblée territoriale. Dans une correspondance datant de 1954, Um Nyobè dira que, «Il faudrait faire un livre pour terminer le recensement des forces qui collaborèrent avec la puissance pour combattre notre organisation.» D’ailleurs, un an plus tard, à la suite d’affrontements ayant fait de nombreux morts, le gouvernement français prétextant la responsabilité de l’Upc dans ce carnage décide, en conseil de ministres d’interdire le parti nationaliste qui prend le chemin du maquis.

La loi Gaston Defferre fait du Cameroun un Etat sous tutelle. Une sorte de gouvernement autonome. André Marie Mbida est alors nommé Premier ministre du gouvernement qui en découle. Dans le même temps, le Haut-commissaire du Cameroun, Pierre Messmer, face à l’influence grandissante de l’Upc, essaye de faire un compromis avec le chef de file de cette formation politique. Objectif : faire cesser les violences. Peine perdue, l’Upc tient à la prise en compte de ses préalables. (Voir Le Messager n° 5494 du 16 décembre 2011)

Fort des positions de l’Upc et du ralliement du Premier ministre André Marie Mbida aux préalables du nationalisme, Ahmadou Ahidjo est nommé Premier ministre en 1958, en remplacement de son prédécesseur Mbida qui démissionne. Quelque temps après, le 13 septembre 1958, Um Nyobè est tué lors d’un combat entre partisans de l’Upc et soldats de l’armée coloniale. L’essentiel des dirigeants de l’Upc fuient le Cameroun.  Le 1er janvier 1960, Ahmadou Ahidjo prononce le discours de proclamation de l’indépendance. Officiellement, la Constitution mise en place prévoit que le pays est à vocation pluraliste.

Les morts innombrables de la lutte  

Au moment où  intervient cet évènement, les sources peinent à donner le décompte exact du nombre de morts sacrifiés à l’autel de cette indépendance qui continue de faire débat. L’historien Bernard Droz, se référant à la période 1955-1959, parle de 10 mille morts. Pour son confrère Marc Michel, il s’agit plutôt de plusieurs dizaines de milliers de morts. Une évaluation qui, selon cette source, s’appuie aussi sur les combats ayant eu lieu après l’indépendance. Une situation qui, à en croire les témoins de cette époque, est la conséquence de la perception exprimée par de nombreux nationalistes sur la nature même de l’indépendance accordée au Cameroun.

L'Upc, écartée du pouvoir, estime que l'indépendance octroyée par les Français n'était qu'un simulacre. Une situation dénoncée un peu plus tôt par André Marie Mbida lorsqu'il refusa d'intégrer le gouvernement Ahidjo. Le tout premier chef du gouvernement camerounais estimait alors  que Ahmadou Ahidjo n'était qu'un «valet de la colonisation» qu'il fallait combattre. C’est dans cette logique que les  leaders de l'Upc déclenchèrent donc une insurrection dès l'indépendance afin de tenter une conquête du pouvoir. Selon des sources concordantes, cette insurrection se transformera par endroits en brigandages et règlements de compte.

Pour sa part, Ahmadou Ahidjo, aidé par des conseillers militaires français, ne manquera pas l’occasion de tuer, assassiner ou emprisonner toute personne soupçonnée d’être partisane de la cause nationaliste ou de l’Upc tout court. Les leaders de l'Upc en exil n’y échapperont pas. Ils  seront tués l'un après l'autre. Le Docteur Félix Moumié est empoisonné à Genève. Revenu au Cameroun pour organiser à l'intérieur la lutte armée, Ernest Ouandié, sera arrêté et jugé au cours du procès dit Ouandié-Ndongmo puis  condamné à la peine capitale. Il sera fusillé le 15 janvier 1971.

La lutte anglophone pour les indépendances

Le contrôle total du Cameroun ne dépend pas seulement de la disparition souhaitée de l’Upc. Pour la France et Ahmadou Ahidjo, l’équation indépendantiste fût-elle combattue par certains nationalistes, passe par la réunification des parties occidentale et orientale du Cameroun. C’est donc un mouvement similaire que connaît la partie anglophone du pays au lendemain de la seconde Guerre mondiale. Dès le mois de mai 1949, le Docteur Endeley créé le Cameroon national federation (Cnf). Le parti se donne pour ambition de lutter pour l’autonomie et la séparation du Cameroun sous tutelle britannique de la fédération nigériane. Mais, une dissidence intervenue au sein du Cnf entraîne la création du Kamerun united national congress (Kunc). Les dissidents estiment alors que le parti du Docteur Endeley est «trop frileux sur la question des revendications».

En fait, le nouveau parti  revendique la restauration du grand «Kamerun». Celui issu de l’empire colonial allemand et dont une partie a été accordée au Nigeria. Selon les spécialistes de la question, l’orthographe utilisée pour désigner le Cameroun tant par le Kunc que par l’Upc qui s’implantait dans la région à cette époque serait due à la convergence de pensée autour de cette revendication. Néanmoins, le Cnf et le Kunc fusionneront en 1953. Le Kamerun national congress (Knc) issu de cette union gagnera les élections.

Réunification du Cameroun et ralliement au Nigeria

Ces partis indépendantistes pour certains et autonomistes pour d’autres auront l’oreille de l’administration britannique qui modifie les institutions après les conférences de Mamfé et Lancaster House en 1950 d’abord et en  1956 sous l’égide de l’Onu. Une prise en compte qui permettra à la partie anglophone du Cameroun de disposer d’une administration propre avec comme capitale, Buea. C’est dans cette foulée que le Docteur Endeley devient le Premier ministre du «Self government» du Cameroun en 1958 tandis que John Ngu Foncha lui est Premier ministre du Cameroun britannique en 1959. C’est dans cette ambiance qu’intervient la Consultation du 11 février 1961.

Pour résoudre le problème de l’indépendance et de la réunification des deux Cameroun, l’administration britannique consulte les populations par un référendum. Au terme de la consultation, l’option pour l’indépendance et la réunification l’emporte dans la Southern Cameroon tandis que la Northern Cameroon se prononçait pour son intégration au Nigeria. Une décision qui va faire des vagues dans la partie francophone. Pour l’essentiel, les autorités administratives francophones estiment que, « malgré les résultats du  vote, le northern Cameroon doit être rattaché au Cameroun. » Une revendication ignorée, en juin 1961 à Bamenda et en juillet de la même année. Puis au mois d’août 1961, les représentant du Cameroun français et du southern Cameroon finalisent la signature de la réunification. Du reste, le northern Cameroon devient indépendant le 1er juin 1961 et rejoint officiellement le Nigeria tandis que le 1er octobre de la même année, le southern Cameroon devient indépendant et se réunit au Cameroun français. John Ngu Foncha occupe le poste de Premier ministre du Cameroun occidental dans ce gouvernement fédéral cumulativement avec le poste de vice-président de la République fédérale du Cameroun.

Joseph OLINGA

 

 

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