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L'ouverture sur le Cameroun::Jacinthe d'eau : Le cancer des fleuves et rivières | Life and Style

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Jacinthe d'eau : Le cancer des fleuves et rivières PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Mutations   
Mercredi, 08 Septembre 2010 17:29

Jacinthe d'eau : Le cancer des fleuves et rivières  Cette plante aquatique entrée dans les zones côtières en 1992 venant du Lac Tchad continue sa progression, non sans conséquences.
Mme Njoh Masse, ressortissante du canton Abo a du mal à comprendre le «laxisme» des autorités face à la progression de la Jacinthe d'eau dans la rivière Fiko. «C'est incroyable de voir comment cette plante à réussi à nous priver de la rivière. A la place, ce sont de grands arbres qui y sont». Il y a quelques années en fait, son époux et elle ont acquis du terrain à quelques mètres de la rivière: «Nous voulions y construire un refuge touristique en exploitant la présence du cours d'eau» soupire-t-elle. C'était compter sans la présence de la jacinthe tapie dans les eaux de ladite rivière.
Depuis près de trois ans en effet, les populations de cette localité ont du mal à se défaire de cette plante qu'elles avaient pourtant accueilli avec ravissement.

«Lorsque les premières jacinthes sont apparues, nous étions si contents. Les femmes s'en servaient pour composer des pots de fleur. Malheureusement, quelques temps plus tard, nous avons constaté qu'elle envahissait la rivière. Nous avons commencé à ne plus avoir du poisson. Nous avons jeté les fleurs que nous avions dans les maisons». Se souvient Adolphe Mpessa Ndika, un octogénaire, pêcheur installé aux abords de la rivière. Cependant, les populations de ce village n'ont plus jamais réussi à se débarrasser de cette plante.
Ce malgré les différentes initiatives menées par Mme Njoh Masse et son époux et des populations. «Nous n'avons pas les moyens nécessaires pour la combattre. Il y a un an, nous avons pris les pirogues et avons tentés de débarrasser le fleuve de cette plante. Nous avons vite déchanté du fait de la présence des caïmans. Et de toutes façons, nous nous sommes rendus compte que tout seul, nous ne pouvions pas mener ce combat vu la rapidité avec laquelle la plante se propage», raconte, encore apeuré Joël Epallé, un jeune agriculteur.

Invasion
Malheureusement, ce n'est pas que dans ce canton que la lutte contre la Jacinthe d'eau est engagé. Cette plante a en effet envahi tout le bassin hydrographique du Lac Tchad et colonisé tous ses affluents au point de les menacer de disparition. «C'est une plante qui ne se fixe pas. Dès qu'elle touche le fond quelque part, elle se déplace et c'est là tout le problème. Au Cameroun, la jacinthe d'eau se développe sur 15 cm par jour. Et c'est une grâce, parce qu'en Asie, elle se déplace sur 50 à 60 cm toutes les 24h. Dans tout le Cameroun et même dans le Lac Tchad, les cours d'eau sont envahis par la jacinthe d'eau qui ne tient pas compte des saisons. Quand la pluie tombe, 50% de cette eau est absorbée par la jacinthe et ne va pas dans nos cours d'eau pour les alimenter. Aujourd'hui, le Wouri n'a plus de poissons à cause de cette plante et aussi de l'ensablement qui favorise le développement de la plante», confie l'environnementaliste.

Face à la progression de cette plante née dans le bassin de l'Amazonie en Amérique du Sud, l'Ong Ohdpc a adressé un mémorandum en novembre 2006 au ministre de l'Environnement et de la Protection de la Nature pour lutter contre ce phénomène. Dans ce rapport, l'organisation affirme en effet que: «Dans les zones côtières, elle constitue un grand obstacle pour le pêcheur c'est une vraie catastrophe. Non seulement les lignes se prennent dans les racines, mais l'eau devient plus chaude et pauvre en oxygène, tuant les poissons. Les pêcheurs se plaignent de plus des attaques répétées de crocodiles et de serpents. Elle provoque aussi des inondations: La couverture végétale est si dense à certains endroits que l'on peut marcher dessus sans s'enfoncer. Elle forme une sorte de barrage qui bouche les rivières». 

A Douala notamment, le même combat se livre sur le Wouri sur le lit duquel la jacinthe d'eau s'épanouie, privant les populations de poissons. Selon des études menées à ce sujet, la partie Nord du cours d'eau s'est rétrécie de 5 à 10 mètres de part et d'autre. Des kilomètres plus loin, dans la région du Centre, le bief autrefois navigable (Ayos-Abong-Mbang) de 100 km est rendu aujourd'hui inutilisable toujours à cause de la jacinthe d'eau. La Bénoué n'échappe pas non plus à l'envahissement de son lit par la Jacinthe. Alors que des initiatives privées ont pris le relai, il est évident que seule une implication forte du gouvernement puisse permettre de résoudre ce phénomène.
Dorine Ekwè{module Publicité 300_250}

Pour Comprendre : Comment s'en débarrasser?
Selon l'Odhpc, plusieurs espèces d'insectes ou de champignons ont été identifiées comme prédateurs de la jacinthe d'eau. Une des plus efficaces est le charançon, un petit parasite qui fait des trous dans les feuilles de la plante. Ces dernières s'enfoncent alors dans l'eau, captent donc moins de lumière, et finissent par mourir. De plus, les larves empêchent les jacinthes de respirer en colonisant ses racines. Mais cette méthode peut prendre du temps. 
La lutte chimique a été la première méthode utilisée. L'application d'herbicides est efficace sur des petites surfaces, mais elle est impuissante face à la prolifération excessive. De plus, le glycolipide peut être toxique, notamment pour les personnes qui s'approvisionnent en eau potable au lac. Reste la récolte manuelle : des bateaux qui ratissent la surface de l'eau. La jacinthe d'eau. Peut atteindre des densités incroyables : jusqu'à 50 kg par m_ ! Une fois débarrassées de toute leur eau, les feuilles récoltées peut servir de fibre pour du tissu ou du papier. Elles fournissent aussi un apport non négligeable de biomasse, et en Asie du Sud on les utilise même pour nourrir le bétail. 

Mais cette méthode est coûteuse (il faut transporter les énormes masses de feuilles par camion), et dangereuse (attaques de crocodiles et d'hippopotames). 
Le lamantin, un gros mammifère exclusivement herbivore consomme des herbes flottantes ou immergées comme les plantules et la jacinthe d'eau, il peut consommer en moyenne 50 kilogrammes de végétaux par jour. Son introduction dans nos eaux serait une solution adéquate pour combattre la prolifération de la jacinthe d'eau. Par ailleurs, on pourrait également tirer profit de cette plante envahissante en s'inspirant de l'expérience de la coopérative de vannerie de Gashora, (Covaga) à l'Est du Rwanda. Là-bas en effet, cette plante devient une source de revenus appréciée. Ses tiges et ses feuilles, séchées avec grand soin pendant près de trois semaines au soleil, donnent des fibres fines, matière première pour la vannerie et la papeterie. Grâce au travail de cette coopérative depuis 2004, une grande partie du lac Rumira dans le Bugesera a retrouvé ses eaux libres et ses poissons.
 

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