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| Héritage linguistique : Le Français de l’Afrique 50 ans après les indépendances |
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| Écrit par 237online.com |
| Vendredi, 27 Août 2010 20:03 |
Un demi siècle après les indépendances des pays africains autrefois sous tutelle française, l’héritage linguistique que la France s’est évertuée à laisser a un mal fou à se transmettre de génération en génération. Ce français plein d’expressions plutôt bizarres du genre « couper l’herbe sous le pied », « n’avoir cure de », « mettre les bâtons dans les roues », « s’attirer la foudre de », « ne voir que du bleu », « avoir quelqu’un dans les narines », « ne tenir qu’à un fil », « redorer le blason », « sortir des sentiers battus », « mettre la clé sous le paillasson », « prendre la poudre d’escampette », « vendre la mèche » et plein d’onomatopées comme tralala, bla bla
bla, glouglou ne semble pas avoir séduit les Africains francophones. A la place s’est développé au fil du temps un vocabulaire particulier que les Français ont qualifié d’argot plutôt que d’ « évolution africaine de la langue française ». Sans façon. Les Africains s’y plaisent véritablement au point de rechigner à maîtriser la langue puisqu’ils n’en auront pas besoin chez eux. Même certains d’entre eux qui parviennent à faire des études supérieures laissent le français derrière eux dès qu’ils franchissent le soir le seuil des portes des amphis, amphithéâtres je veux dire. C’est vraiment contagieux. Mais fort heureusement, les étudiants francophones du monde entier ont fini par être d’accord avec ce diminutif. Ne nous perdons surtout pas. Revenons à notre argot qui finit par faire l’unanimité en Afrique francophone. Prenons les cas particuliers de la Côte d’ivoire et du Cameroun. Voyons avec quelle passion les ivoiriens s’attachent à leurargot, le « nouchi », qui au cours de la dernière décennie a suscité beaucoup d’intérêt de la part des occidentaux. Croyez-le ou non, des ethnosociologues et anthropologues rédigent des thèses de doctorat sur le « nouchi ivoirien ». Les mots « boucan » et « enjailler » sont devenus célèbres au point de ne plus avoir besoin de définition, même pour les Français. Je ne vous rappellerai pas toute la fièvre du mot « couper décaler ». Le plus souvent, pour faire court, ils préfèrent s’exprimer en avalant plusieurs mots de la phrase. « Appareil photo fait pas magie », « vrais amis font pas palabre », « tout ça c’est foutaise », les entend-t-on dire en longueur de journée dans les rues. Parfois aussi, et c’est ce qui pour moi est le plus surprenant, ils refusent d’utiliser certains mots français dans leur sens. Ne vous méprenez donc pas. Lorsque vous entendrez un ivoirien ou un autre originaire d’Afrique de l’Ouest parler de « cafouillage », sachez qu’il ne parle pas de désordre mais de trucage ou fraude. Aux journalistes, attendez que des résultats d’élections soient rendus publics et baladez vos micros dans les rues de la Côte d’ivoire, du Burkina Faso, de la Guinée … et vous entendrez à coup sûr « il y a eu cafouillage, sinon il ne remportait pas ces élections ». Le mot « vilain » est utilisé pour qualifier les personnes laides et non méchantes et infâmes, « emballer » pour dire bien habiller. Et que dire alors du célèbre « je pisse dessus » pour dire que « je m’en fous ». Mais, c’est encore de l’argot. Excusez-moi ! Plutôt ceci « ça me laisse indifférent ». Prenons à présent le cas du Cameroun dont l’argotlaisse sans voix les touristes toujours curieux de comprendre comment on en est arrivé la. Laissez-moi vous expliquer ! Les Camerounais voulaient trouver une échappatoire pour n’assimiler aucune de leurs langues officielles. Ils ont trouvé la langue française trop sérieuse et conventionnelle, la langue anglaise trop stylée à leur goût. Il a fallu trouver un juste milieu, doublé de la joie de vivre et de l’envie de bafouer les règles établies pour créer le « camfranglais » ou « francamglais ». Ce mélange bizarre, mais subtil et accepté de tous entre l’anglais, le français et certaines créations camerounaises.{module Publicité 300_250} « Gar, on se call tomorrow », « ta mater me ya tellement », « lep me easy », et vous remarquerez qu’un effort est fourni pour que dans chaque phrase, l’on retrouve de l’anglais, du français, des néologismes, parfois des langues vernaculaires du pays comme le DUALA et des langues étrangères comme le Latin. Tout comme l’anglais souffre du développement du Pijin english ou Bush english au Nigeria et au Cameroun, le français est progressivement revu et corrigé par les Africains d’expression francophone. Difficile à dire si l’argot mène à la dérive ou si c’est simplement un moyen d’affirmer l’autonomie et l’indépendance, mais une chose est certaine : ce n’est pas l’apanage des Africains. Pour preuve, les mots tels que fric, pactole, bringue, teuf, meuf, put, mec, péter les formes, kiffer, le bahu( collège, établissement) sont des inventions des jeunes Français qui sont passés maîtres dans l’art d’utiliser des diminutifs : démo (démonstration), cata (catastrophe), d’hab (d’habitude), l’hosto (hôpital) et des expressions du genre « salut mec, ça gaz ? », « j’ai kiffé grave », « ma meuf est une bombe, elle est mortelle », « colle moi la paix », « ça me colle la trouille »… Tout ça c’est de l’argot, mais bien sûr on n’en parle pas trop. C’est l’argot des Africains qui fait peur, surprend et fait rire en même temps. A mon avis, s’il est utilisé en connaissance de cause et ne l’est plus lorsqu’il faut parler le français, ça ne devrait poser aucun problème. Il faut juste faire la part des choses entre l’argot et le français. La France est sûrement déçue. Quels sont ces héritiers qui renoncent à l’héritage laissé par leur mère ?
Djifedeu Mireille, 237online.com |







Un demi siècle après les indépendances des pays africains autrefois sous tutelle française, l’héritage linguistique que la France s’est évertuée à laisser a un mal fou à se transmettre de génération en génération. Ce français plein d’expressions plutôt bizarres du genre « couper l’herbe sous le pied », « n’avoir cure de », « mettre les bâtons dans les roues », « s’attirer la foudre de », « ne voir que du bleu », « avoir quelqu’un dans les narines », « ne tenir qu’à un fil », « redorer le blason », « sortir des sentiers battus », « mettre la clé sous le paillasson », « prendre la poudre d’escampette », « vendre la mèche » et plein d’onomatopées comme tralala, bla bla
bla, glouglou ne semble pas avoir séduit les Africains francophones. A la place s’est développé au fil du temps un vocabulaire particulier que les Français ont qualifié d’argot plutôt que d’ « évolution africaine de la langue française ». Sans façon. Les Africains s’y plaisent véritablement au point de rechigner à maîtriser la langue puisqu’ils n’en auront pas besoin chez eux. Même certains d’entre eux qui parviennent à faire des études supérieures laissent le français derrière eux dès qu’ils franchissent le soir le seuil des portes des amphis, amphithéâtres je veux dire. C’est vraiment contagieux. Mais fort heureusement, les étudiants francophones du monde entier ont fini par être d’accord avec ce diminutif. Ne nous perdons surtout pas. Revenons à notre argot qui finit par faire l’unanimité en Afrique francophone. Prenons les cas particuliers de la Côte d’ivoire et du Cameroun. Voyons avec quelle passion les ivoiriens s’attachent à leurargot, le « nouchi », qui au cours de la dernière décennie a suscité beaucoup d’intérêt de la part des occidentaux. Croyez-le ou non, des ethnosociologues et anthropologues rédigent des thèses de doctorat sur le « nouchi ivoirien ». Les mots « boucan » et « enjailler » sont devenus célèbres au point de ne plus avoir besoin de définition, même pour les Français. Je ne vous rappellerai pas toute la fièvre du mot « couper décaler ». Le plus souvent, pour faire court, ils préfèrent s’exprimer en avalant plusieurs mots de la phrase. « Appareil photo fait pas magie », « vrais amis font pas palabre », « tout ça c’est foutaise », les entend-t-on dire en longueur de journée dans les rues. Parfois aussi, et c’est ce qui pour moi est le plus surprenant, ils refusent d’utiliser certains mots français dans leur sens. Ne vous méprenez donc pas. Lorsque vous entendrez un ivoirien ou un autre originaire d’Afrique de l’Ouest parler de « cafouillage », sachez qu’il ne parle pas de désordre mais de trucage ou fraude. Aux journalistes, attendez que des résultats d’élections soient rendus publics et baladez vos micros dans les rues de la Côte d’ivoire, du Burkina Faso, de la Guinée … et vous entendrez à coup sûr « il y a eu cafouillage, sinon il ne remportait pas ces élections ». Le mot « vilain » est utilisé pour qualifier les personnes laides et non méchantes et infâmes, « emballer » pour dire bien habiller. Et que dire alors du célèbre « je pisse dessus » pour dire que « je m’en fous ». Mais, c’est encore de l’argot. Excusez-moi ! Plutôt ceci « ça me laisse indifférent ». Prenons à présent le cas du Cameroun dont l’argotlaisse sans voix les touristes toujours curieux de comprendre comment on en est arrivé la. Laissez-moi vous expliquer ! Les Camerounais voulaient trouver une échappatoire pour n’assimiler aucune de leurs langues officielles. Ils ont trouvé la langue française trop sérieuse et conventionnelle, la langue anglaise trop stylée à leur goût. Il a fallu trouver un juste milieu, doublé de la joie de vivre et de l’envie de bafouer les règles établies pour créer le « camfranglais » ou « francamglais ». Ce mélange bizarre, mais subtil et accepté de tous entre l’anglais, le français et certaines créations camerounaises.{module Publicité 300_250} « Gar, on se call tomorrow », « ta mater me ya tellement », « lep me easy », et vous remarquerez qu’un effort est fourni pour que dans chaque phrase, l’on retrouve de l’anglais, du français, des néologismes, parfois des langues vernaculaires du pays comme le DUALA et des langues étrangères comme le Latin. Tout comme l’anglais souffre du développement du Pijin english ou Bush english au Nigeria et au Cameroun, le français est progressivement revu et corrigé par les Africains d’expression francophone. Difficile à dire si l’argot mène à la dérive ou si c’est simplement un moyen d’affirmer l’autonomie et l’indépendance, mais une chose est certaine : ce n’est pas l’apanage des Africains. Pour preuve, les mots tels que fric, pactole, bringue, teuf, meuf, put, mec, péter les formes, kiffer, le bahu( collège, établissement) sont des inventions des jeunes Français qui sont passés maîtres dans l’art d’utiliser des diminutifs : démo (démonstration), cata (catastrophe), d’hab (d’habitude), l’hosto (hôpital) et des expressions du genre « salut mec, ça gaz ? », « j’ai kiffé grave », « ma meuf est une bombe, elle est mortelle », « colle moi la paix », « ça me colle la trouille »… Tout ça c’est de l’argot, mais bien sûr on n’en parle pas trop. C’est l’argot des Africains qui fait peur, surprend et fait rire en même temps. A mon avis, s’il est utilisé en connaissance de cause et ne l’est plus lorsqu’il faut parler le français, ça ne devrait poser aucun problème. Il faut juste faire la part des choses entre l’argot et le français. La France est sûrement déçue. Quels sont ces héritiers qui renoncent à l’héritage laissé par leur mère ?