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L'ouverture sur le Cameroun::Alucam risque de fermer en 2012 :L’Industrie camerounaise dans le Piège de l’Inertie. | Economie

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Alucam risque de fermer en 2012 :L’Industrie camerounaise dans le Piège de l’Inertie. PDF Imprimer Envoyer
Écrit par La Nouvelle Expression   
Mercredi, 21 Juillet 2010 04:48

Alucam risque de fermer en 2012 :L’Industrie camerounaise dans le Piège de l’Inertie. Une délégation de chefs d'entreprises français vient de séjourner au Cameroun du 6 au 9 juillet 2010. Conduite par Patrick Lucas, Président du Comité Afrique de la Section internationale du Mouvement des Entrepreneurs Français (MEDEF), elle a rencontré autant le Premier ministre, au moins deux ministres du gouvernement que des entrepreneurs du Cameroun ; principalement des membres du Groupement Inter patronal du Cameroun (GICAM). L'objectif était selon Monsieur Lucas « de renforcer les positions des entreprises françaises au Cameroun ».

L'un des temps forts de cette visite était l'arrêt à l'usine d'Alucam à Edéa et la réunion qui a suivi à « l'Hostellerie de la Sanaga », et dont le but était de présenter à cet auditoire les projets du groupe Rio Tinto Alcan pour la Cameroun, et principalement celui de l'extension de l'aluminerie d'Edéa.

On se souvient que le groupe canadien Alcan qui a absorbé le français Pechiney en 2001, avait décidé de porter la capacité de production d'Alucam sa filiale camerounaise de 85.000 à 360.000 tonnes d'aluminium par an. Trois facteurs avaient favorisé la décision de quadrupler la production d'aluminium au Cameroun, alors que dans d'autres pays (en Grèce, notamment), Alcan procédait à la fermeture de ses usines d'électrolyse qui, comme Alucam, avaient une capacité annuelle inférieure à 100.000 tonnes. Il s'agit:

de la longue tradition cinquantenaire de la maîtrise des techniques d'électrolyse par des techniciens et ouvriers camerounais, et surtout, de l'excellente politique de renforcement permanent des capacités des personnels pratiquée par Alucam, notamment en matière de sécurité ;

de la disponibilité du 2e potentiel hydroélectrique d'Afrique après le Congo Démocratique, et du coût du KWh d'électricité parmi les plus bas du continent.
de la disponibilité de plus de 900 millions de tonnes de bauxite dans les gisements de Fongo Tongo (65 millions) et de Minim Martap (860 millions)

Le projet consiste d'une part, à construire à côté de l'usine actuelle d'Edéa deux séries supplémentaires d'électrolyse de technologie AP 37, qui permettront de réduire la consommation d'électricité tout en augmentant la production ; d'autre part, de construire et d'exploiter sur la Sanaga, près des chutes de Nachtigal (en amont de Batschenga) une centrale hydroélectrique de 300 MW, qui via un poste de transformation installé à Nkolondom près de Yaoundé, « injectera » dans le réseau national la « compensation énergétique » de l'électricité que l'usine rénovée et développée consommera à partir de Song – Loulou et d'Edéa.

En 2006, le conglomérat minier anglo-australien Rio Tinto prend le contrôle d'Alcan. Non seulement il maintient l'option de l'extension d'Alucam, mais en outre, il décide de mettre en œuvre un second projet « green Field » plus important, par la construction d'un autre barrage de 1000 MW sur la Sanaga à Song Mbenguè, en amont de Song Loulou, d'une usine de 1 million de tonnes d'aluminium et de l'aménagement d'un terminal dédié, dans le cadre du segment minéralier du Port de Kribi.

Par ailleurs, Rio Tinto avait confirmé les termes de la Lettre d'intention du 26 octobre 2005, notamment ceux qui exprimaient le souhait du gouvernement de réserver au moins 30% du montant des travaux et prestations de sous-traitance aux petites, moyennes et grandes entreprises camerounaises. Cette disposition avait favorisé le déclenchement dès le 4 août 2006 d'une forte mobilisation des entrepreneurs camerounais pour ce projet. Par la suite, avec l'appui de Claude Juimo Monthé alors Président de la Chambre de Commerce, Rio Tinto avait organisé en mars 2007 à Douala et Yaoundé un exercice d'évaluation d'un échantillon de 122 PME nationales et produit un rapport, aux termes duquel le gouvernement devrait mettre en œuvre un Programme National de Mise à Niveau des entreprises susceptibles de participer dans les chaînes de travaux dans le cadre desdits chantiers.

Il est important de signaler ici qu'à l'exception de Rio Tinto Alcan qui a procédé ainsi à une évaluation profonde des capacités des entreprises locales et qui a mis au point une stratégie de développement industriel des PMI camerounaises à la faveur de ses projets, aucune autre entreprise nationale ou étrangère, porteuse d'un des 17 projets industriels recensés au Cameroun n'évolue avec autant de clarté dans ses intentions industrielles pour notre pays. Tous les autres observent une opacité totale, malgré les engagements pris.

Mais pourquoi l'Extension d'Alucam ne démarre pas ?

Cinq ans après la conclusion de la première lettre d'intention entre le gouvernement et RTA, le constat que tout observateur peut aisément faire est celui d'une grande lenteur dans la mise en œuvre du projet d'extension d'Alucam, lenteur qui aurait achevé de démotiver les entrepreneurs camerounais, pressés qu'ils étaient d' « entrer dans la compétition ». Mais parallèlement, il est tout aussi aisé de comprendre les raisons de ce retard ; au point d'admettre qu'il est consubstantiel de tout processus d'évaluation d'un projet d'une telle envergure. Car ces facteurs retardant constituent autant d'étapes à franchir au préalable. Ils sont de manière non exhaustive les suivants :

Le Contrat Energie avec AES SONEL :

Le démarrage du projet d'extension d'Alucam est conditionné par l'aboutissement des négociations tripartites en cours, entre l'Etat, AES-Sonel et Rio Tinto Alcan, sur le prix du kilowatt d'électricité surtout en saison sèche pour les trente années à venir. Cet accord a finalement été signé le 20 novembre 2009, sous la pression – il faut le dire – du président de la République.

En concédant au groupe américain Sirocco en 2001 la production et la distribution de l'électricité au Cameroun, l'Etat camerounais, mal conseillé à l'époque par la Société Financière Internationale, avait omis de prendre en compte les contraintes industrielles et les besoins énergétiques d'Alucam. De telle sorte que ne disposant d'aucun moyen juridique pour influencer les négociations, le gouvernement pendant trente huit mois a joué un rôle presque passif dans les discussions.

Mais une fois l'accord énergie signé, de nouvelles pesanteurs apparaissent, et font planer sur Alucam cette fois – ci, la menace d'une fermeture définitive de l'usine d'Edéa.
En effet, le passage de 85.000 à 360.000 tonnes d'aluminium est soumis à une contrainte technique préalable : rénover entièrement l'usine et la porter à 100.000 tonnes de capacité. Ce seuil technique minimum nécessite la disponibilité de 180 mégawats qu'AES SONEL s'est engagée à fournir à partir de la centrale à gaz KPDC de Kribi. Il s'avère malheureusement qu'après la tonitruante fête de la « pose de la première pierre » de l'usine à gaz, seuls les travaux de terrassement ont été effectués. A cause de l'application par les bailleurs de fonds d'une clause suspensive du contrat, laquelle est évoquée, d'une part du fait des discussions interminables entre la SNH, PERENCO et KPDC sur les conditions de mise à disposition du gaz ; d'autre part entre AES SONEL et sa filiale KPDC sur la production et le transport de l'énergie.

La construction des barrages de Lom Pangar et de Nachtigal :

La production efficiente de l'électricité au Cameroun aujourd'hui commande que les deux barrages hydroélectriques de Song Loulou et d'Edéa disposent d'un débit d'eau à turbiner suffisant tout au long de l'année. Tel n'est plus le cas depuis longtemps. Parallèlement, à 85.000 tonnes de production, l'usine d'Alucam consomme 35% de l'énergie produite par les deux centrales. C'est pour favoriser le passage en sécurité de la production de 100.000 à 300.000 tonnes d'aluminium qu'il est décidé la construction des deux nouveaux ouvrages. Lom Pangar pour permettre la régulation des débits relâchés en fonction des demandes de Song Loulou, d'Edéa et à terme de Nachtigal ; et Nachtigal pour « restituer » dans le réseau AES le supplément d'énergie qui sera consommé à Edéa et Song Loulou.

Autant la direction générale d'Electricity Development Corporation se veut rassurante quant au démarrage des travaux de Lom Pangar prévu pour novembre 2010, autant à AES SONEL le mutisme le plus complet est de rigueur. Vingt quatre mois au minimum sont nécessaires pour construire une centrale à gaz, du type de celle qui est envisagée par KPDC à Kribi. Mais au plus haut niveau de la hiérarchie de Rio Tinto Alcan, une date butoir est arrêtée. Au 1er janvier 2012 Alucam Edéa sera fermé, si l'approvisionnement des 180 MW n'est pas assuré et garanti.

Qui aurait intérêt à voir Alucam fermer ?

La production de 300.000 tonnes d'aluminium nécessitera l'importation de 865.000 tonnes d'alumine, de brai et de coke. Depuis les années cinquante, l'acheminement de ces intrants jusqu'à Edéa s'effectue par voie ferrée ; il en est de même de plus de 80% des lingots et plaques d'aluminium destinés à l'exportation. L'accroissement des flux qu'entraînera l'extension de l'usine va contraindre la réalisation dans au moins quatre départements du Cameroun (le Wouri, la Sanaga maritime, la Haute Sanaga et le Lom et Djérem) de travaux supplémentaires d'infrastructures et d'équipements industriels et urbains; notamment l'approfondissement du chenal du Wouri, le renforcement de la voie ferrée Douala – Edéa, l'élargissement et le re-profilage de la chaussée sur Douala – Edéa au moins, l'aménagement urbain à Edéa, Batschenga et Bertoua.

Mais bien avant ces effets directs et indirects futurs, tous les Camerounais n'ont pas aujourd'hui conscience du rôle socio-économique de tout premier plan qui est celui de l'aluminerie d'Edéa, non seulement dans l'économie nationale, mais surtout dans la spécialisation industrielle du Cameroun en tant qu'acteur mondial dans la production d'un matériau aussi stratégique que l'aluminium.

Tout le système hydroélectrique du Cameroun bâti sur la Sanaga et ses affluents a été réalisé à la faveur de la création et du développement d'Alucam. Autrement dit, l'électrification des villes et campagnes et l'industrialisation du Cameroun ont été favorisées par la mise en œuvre en 1948 du barrage d'Edéa, dont la construction a été elle-même, motivée par l'investissement de la première aluminerie d'Afrique Noire.

Une récente étude réalisée par le bureau camerounais d'Ingénierie Prescriptor présente la contribution directe et indirecte d'Alucam dans la création de la richesse nationale (P.I.B.) ; mais en outre, elle fait une analyse complète de l'impact économique et social d'Alucam et ses filiales, non seulement dans notre pays mais aussi en CEMAC.{module Publicité 300_250|none}

Il n'est pas aisé de se représenter les ressources générées par la filière aluminium au Cameroun et dans des pays voisins, en termes de formation professionnelle, de contribution au budget de l'Etat et à la Communauté urbaine d'Edéa, de salaires payés, d'approvisionnements en intrants et en services, de produits semi finis et finis à commercialiser, de toute les chaînes de valeur que génèrent Alucam, Socatral, Alubassa, l'Hostellerie de la Sanaga, le Centre Médical des Entreprises de la Sanaga au Cameroun ; Alucongo au Congo, Sotralga au Gabon ; Colalu en RCA. C'est tout ce périmètre industriel qui risque d'être dynamité, d'une part à cause des atermoiements des représentants de multinationales, auxquelles le Cameroun a par les privatisations, trop précipitamment confié la gestion des instruments de souveraineté économique du pays ; d'autre part à cause de la passivité, voire la complicité de certains hauts fonctionnaires, bien intéressés dans le retardement des projets industriels.

On le voit, en ce qui concerne Alucam, les perspectives sont plutôt brumeuses autant pour les entrepreneurs français que pour les camerounais. Et ce n'est pas le triomphalisme soporifique du quotidien gouvernemental « Cameroon Tribune » qui pourrait redonner le moral aux entrepreneurs.

 

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