| Cinquantenaire: la rénovation des monuments historiques |
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| Écrit par 237online.com |
| Dimanche, 04 Avril 2010 09:54 |
A la suite de notre dossier consacré au cinquantenaire des indépendances et de la réunification du Cameroun, nous avons décidé de jeter un œil sur le deuxième point figurant sur la feuille de route du Comité en charge de l’organisation dudit évènement : la rénovation des monuments historiques.Nous en parlions encore dans l’article précédant traitant du Panthéon. Alors que les grandes artères des villes étrangères (notez bien que je dis « étrangères » et non « occidentales ») regorgent de monuments des « pères de l’indépendance » ou des martyrs ayant versé leur sang pour celle-ci, le Cameroun est un des rares pays à faire exception. Serions-nous en défaut de martyrs ou de personnages historiques ? Sûrement pas ! L’histoire de notre pays est dégoulinante du sang de ceux qui ont un jour cru en un idéal élevé et qui ont considéré leur vie comme un don à mettre au service de la patrie, quitte à la perdre. Depuis Oum Nyobé jusqu’aux plus obscurs personnages, ce ne sont pas les candidats à l’immortalité qui nous manquent, mais alors qu’est-ce qui justifie cette quasi absence de monuments commémoratifs ? Vous aurez remarqué l’emploi du mot « quasi ». En effet, si les martyrs camerounais ne sont pas statufiés, il n’en va pas de même pour les colons. En dehors de la statue du chef supérieur Charles Atangana, exilée dans un coin du parc situé en face de la SONEL centrale, on dénombre tout de même quelques monuments qui se fondent dans notre environnement quotidien. Que ce soit le monument de la croix de Lorraine érigé en l’honneur du général Leclerc, la stèle du médecin français Eugène Jamot (connu dans l’histoire comme le « vainqueur de la maladie du sommeil ») ou la scène des filles du calvaire habituellement baptisée « Trois statues », tous les symboles connus sont le fait des colons. Ces trois monuments expriment tout à fait la symbolique de leur œuvre dite « civilisatrice ». Et nous alors ? Quel monument exprime avec force l’âme de ce pays ? Le magnifique monument de la Réunification malgré la rénovation dont il a été l’objet souffre de la méconnaissance de la symbolique qu’il est sensé représenter. Certains yaoundéens vous demanderont même avec des points d’interrogation dans les yeux de quelle réunification il s’agit. Là est le nœud du problème. Si on ne connaît pas l’histoire, on ignore encore plus à quoi renvoient ces édifices. La preuve en est que la récente décapitation de la statue de Charles Atangana a eu un écho moindre dans l’opinion publique alors que des gestes de la sorte sont rarement gratuits et suscitent émotion et débats enflammés sous d’autres cieux. L’exemple de la statue de Charles Atangana est d’ailleurs judicieux pour illustrer le flou qui entoure la perception que nous avons de notre patrimoine historico-culturel. Cette statue servant d’urinoir aux enfants de la rue qui squattent le parc surplombant la poste centrale n’est pas l’œuvre d’un camerounais. Commandée à un artiste français par les autorités coloniales, elle a trôné devant le palais du gouverneur (ex palais présidentiel) avant d’être délocalisée sur son site actuel. Or, il se trouve que Charles Atangana est un personnage controversé de l’histoire camerounaise. En effet, remarqué par les allemands, il va mener la campagne de « pacification » aux côtés du funeste Hans Dominik, contribuant ainsi à écraser la résistance à la pénétration européenne. Si ce n’est pas cela qu’on nomme « collaboration », c’est que le monde aura bien changé. Pourtant, le débat intellectuel autour de cette affaire est presque inexistant et le geste du samouraï mystérieux qui lui a tranché le cou devrait interpeller l’opinion publique sur un débat d’actualité, au moment où ses descendants se déchaînent dans des batailles de succession quand ils ne sont pas à crier à l’envahissement de Yaoundé qui serait leur Yaoundé avant d’être celui des autres. Bon ceci est une autre histoire… Le mal est plus pernicieux qu’on ne le croit. Cinquante ans après les indépendances, il m’arrive de tomber des nues en lisant le nom de De Gaulle sur la plaque nominative d’une rue de Yaoundé ou de Douala. Même si personne ne dit « Taxi ! déposez moi rue Charles De Gaulle », la chose est tout de même grave, car si De Gaulle est pour le français l’homme héroïque du 18 juin, pour moi, africain et camerounais, il est celui dont le venin craché à la face des africains qui avaient refusé sa « francisation » dévoila le peu d’estime qu’il avait pour des hommes qui venaient de lui permettre de remporter sa guerre. Récemment, alors que j’admirais la magnifique œuvre d’art érigée au rond –point Deïdo par un artiste que personne n’a jamais cru bon de sortir de l’anonymat, une connaissance qui m’accompagnait m’a posé la question de savoir ce que je trouvais à ce tas de ferraille. Ce dernier semble oublier que nos compatriotes de passage en Hexagone ont tôt fait à leur retour de nous mettre sous les yeux les clichés de leur séjour. Clichés sur lesquels on les voit trop souvent grimaçant des sourires extasiés devant la tour Eiffel. Ce que mon compatriote comme tous les autres semble oublier c’est que la tour Eiffel si célèbre aujourd’hui est à la base un amas de poutres métalliques et de boulons. Oui, il semble oublier que cette dame de fer a été l’objet de violentes critiques qui heureusement n’ont pas découragé son concepteur. Je dirais encore à notre compatriote inculte que l’arc de triomphe, oui, le célèbre arc de triomphe devant lequel il pavoise lorsqu’il est de passage à Paris est l’œuvre de Napoléon Bonaparte qui l’a fait construire en souvenir de la bataille (remportée évidemment) d’Austerlitz. Or il ya quelques temps, le chef de l’Etat a instruit la construction d’une stèle commémorative en l’honneur des soldats tombés à Bakassi. Que celui qui l’a vue m’en fasse part car pour ma part je n’en vois aucune trace. Comme dit dans l’article traitant du Panthéon, il s’agira de savoir qui a fait quoi, pour qui et pourquoi. Autant de questions qui nous empêcherons de contempler tous les jours les statues d’anciens maîtres, de traîtres ou qui sait, d’assassins. Le constat est grave. En 2010, au pays de Roger Milla, de Paul Biya et de Um Nyobè, certaines choses semblent être restées figées dans le temps. À tout ceci, les camerounais vous servent leur phrase favorite, mélange de fainéantise avérée et de résignation avouée : « on va faire comment ? », phrase qui commence à être remplacée par une autre, plus pragmatique, plus sèche, mais qui a tout de même le mérite de clarifier les préoccupations : c’est ça qu’on mange ? Peut-être que chaque peuple a le pays qu’il mérite et que le Cameroun n’est qu’à l’image des camerounais. Il ne nous reste qu’à espérer que les actions à venir dans le cadre du comité de gestion de la commémoration des cinquantenaires viendront contredire cette supposition. Florian NGIMBIS, www.237online.com |
| Mise à jour le Jeudi, 17 Juin 2010 12:54 |






A la suite de notre dossier consacré au cinquantenaire des indépendances et de la réunification du Cameroun, nous avons décidé de jeter un œil sur le deuxième point figurant sur la feuille de route du Comité en charge de l’organisation dudit évènement : la rénovation des monuments historiques.